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Sophie Rohonyi : « Un infirmier permet de diminuer la mortalité, à condition qu’il soit bien formé. »
Le vendredi 6 novembre 2020

Ce jeudi 5 novembre, Sophie Rohonyi est intervenue en Commission Santé à La Chambre sur la proposition de loi visant à « autoriser des personnes non légalement qualifiées à exercer, dans le cadre de l’épidémie de coronavirus COVID-19, des activités relevant de l’art infirmier ».

Vu la situation gravissime dans nos hôpitaux, cette proposition partait donc d’une bonne intention : soulager les infirmiers face à leur immense charge de travail, face à l’immense pression qui pèse sur leurs épaules. Seulement pour soulager les infirmiers, il faut d’abord les écouter, se concerter avec eux.

Ce texte a finalement été adopté, mais DéFI s’est donc opposé à cette proposition lors du vote en séance plénière.

Ce texte est vécu comme un manque de respect à l’égard de de toute une profession

« Cela fait des années que le manque de bras est dénoncé par les infirmiers. Des années que la profession propose des mesures pour pallier ce manque criant de personnel soignant en Belgique. », déplore Sophie Rohonyi. « Et que parce qu’on ne les a pas mis en oeuvre, on préfère aujourd’hui mettre les infirmiers devant le fait accompli. Les organisations et syndicats n’ont rencontré le cabinet du Ministre de la Santé ce matin, à leur demande, pas à la demande du Ministre ! »

Des nombreux témoignages d’infirmiers, en ressort une extrême inquiétude, pour eux-mêmes, pour leur profession, mais aussi et surtout pour leurs patients. De plus, ce texte est vécu comme un nouveau manque de respect à l’égard de toute une profession.

Les infirmiers ne veulent pas d’une délégation de l’art infirmier, mais d’un vrai soutien à leur profession, avec, sur le long terme, notamment, :

  • la reconnaissance de la pénibilité de leur travail pour les pensions et départs anticipés à la retraite, 
  • une vraie revalorisation salariale, au regard des conditions de travail, du service rendu à la société mais aussi de l’allongement des études en soins infirmiers qui sont passés de 3 à 4 ans
  • le report des congés qui n’ont pas pu être pris
  • l’assurance de la sécurité des équipes qui ont payé un trop lourd tribu durant la première vague, 
  • la mise en place des crèches et garderies d’enfants à proximité du lieu de travail, 
  • mais aussi la prévention du risque de burn-out, qui guette aujourd’hui 7 infirmières sur 10.

C’est pourtant ce type de mesures qui rendra le métier plus attractif.

« Un infirmier permet de diminuer la mortalité, à condition qu’il soit bien formé. »

Le ministre de la Santé a soulevé la « nécessité d’éviter toujours plus de morts, d’éviter une catastrophe ». Pour Sophie Rohonyi, cela ressemble à un discours culpabilisant à l’égard des parlementaires : « notre bilan n’aurait certainement pas été le même si on avait agi en amont face à la pénurie d’infirmiers. Parce que oui, comme en attestent de nombreuses études, le manque d’infirmiers au chevet des patients augmente la mortalité des moins de 50 ans, ne pouvant empêcher des complications comme des infections nosocomiales, des escarres… Par contre, ces mêmes études démontrent qu’un infirmier permet de diminuer la mortalité, mais à cette condition essentielle qu’il soit bien formé. »

On ne répond pas aux préoccupations du personnel infirmier

A cet égard, la proposition de loi ne répond pas à ces préoccupations. Elle soulève de nombreuses questions :

  1. La délégation de l’art infirmier se fera “de manière prioritaire” aux personnes “dont la profession se rapproche le plus de la profession d’infirmier”.  Cela signifie-t-il qu’à défaut, les actes infirmiers pourront être délégués à des personnes dont la profession ne se rapproche pas ou que très peu de la profession d’infirmier ? Quelles professions vise-t-on d’ailleurs? Mis à part les aides-soignants qui réalisent déjà certains actes délégués par les infirmiers et qui sont déjà débordés ? Ces personnes seront-elles soutenues psychologiquement? Bénéficieront-elles de l’enveloppe promise en la matière par le gouvernement ? Et quand bien même :  Bénéficieront-elles d’une formation adaptée à la situation?
  2. La délégation ne sera que temporaire, à savoir restreinte à la situation spécifique du Covid-19. Elle pourrait toutefois être renouvelée pour une période de 6 mois. Or, peut-on considérer que d’ici là, l’attractivité du métier sera telle que l’on aura enfin combler la pénurie d’infirmier ?
  3. La délégation ne sera que volontaire. Sauf que la délégation pourra être décidée par l’infirmier responsable, mais aussi par le médecin responsable. Un médecin pourra donc décider, à la place des infirmiers, qui pourra procéder à des actes infirmiers pour lesquels ces infirmiers seront responsables. Est-ce normal ? Qu’en est-il de la responsabilité des actes qui pourraient finalement se retourner contre l’infirmier ?
  4. Les personnes mobilisées seront formées et supervisées par un infirmier coordinateur. Mais qu’en est-il des infirmiers à domicile ? Pour ce qui est des hôpitaux et maisons de repos : cet infirmier coordinateur est-il bien en place dans tous nos hôpitaux et maisons de repo ? A défaut d’une telle formation et supervision, le risque d’erreurs dans l’administration des soins est grand, et présente ainsi un réel danger pour les patients. 

Les infirmiers ont besoin de mesures concrètes, pas d’une prise en otage de leur profession.

L’urgence est au soutien des infirmiers dans leur tâches administratives et logistiques qui leur prennent énormément de temps. Du temps perdu au détriment des soins, des soins souvent vitaux d’ailleurs, et qui nécessitent une formation et une expertise qui ne s’improvisent pas, qui ne s’acquièrent pas en quelques heures. Là où, au contraire, les tâches administratives et logistiques ne nécessitent ni une délégation d’acte infirmiers, ni une formation à dispenser par un infirmier.

Les infirmiers ont besoin de mesures concrètes, pas d’une prise en otage de leur profession. Une mesure proposée par l’UGIB (Union générale des infirmiers de Belgique) consiste à défiscaliser les heures supplémentaires prestées par les infirmiers. Ces heures ne sont, à ce jour, toujours pas exonérées d’impôts. DéFI a déposé une proposition de loi pour prolonger cette mesure, alors mise en place pendant la période de pouvoirs spéciaux.

Un faux soutien pour les infirmiers et une fausse sécurité pour les patients.

« Vous avez fait les choses complètement à l’envers. Vous avancez tête baissée vers un principe, pour consulter ensuite le secteur. Vous mobilisez des personnes qui ne sont pas infirmiers, pour travailler ensuite à l’attractivité du métier. Cette proposition est donc une fausse  bonne idée. Il s’agit d’un faux soutien pour les infirmiers et d’une fausse sécurité pour les patients. Cette proposition ne répond pas, en tout cas de manière adéquate et pérenne, au manque de bras. Elle ne répond pas plus à la nécessité de prodiguer des soins sûrs et de qualité pour tous, et en tout temps. Elle répond encore moins au besoin de reconnaissance d’un travail tout aussi pointu que diversifié et qui mérite beaucoup mieux! », conclut Sophie Rohonyi.

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