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Entretien / Coronavirus
"Si la santé a un coût, elle n'a pas de prix ! Revalorisons le secteur !"
François De Smet
Le mercredi 8 avril 2020

« Le confinement offre du temps de réflexion. Beaucoup, dès lors, sont déjà dans le monde « d’après ». Cela pourrait paraître naturellement prématuré au regard des urgences : tous nos efforts, tous nos moyens doivent être focalisés sur le sauvetage des vies d’abord, et sur l’aide à apporter aux acteurs économiques sinistrés par le confinement ensuite – et ils le sont, au nom d’une union sacrée nécessaire, et que j’assume pour ce qui concerne ma formation. Mais cela n’empêche pas de tirer certaines leçons pour plus tard, et de les écrire là, maintenant, alors que nous sommes encore pris dans le tourbillon de cette crise. Car s’il est possible que le monde d’avant reprenne bien vite ses droits, le regard que nous portons sur celui-ci sera considérablement altéré. Peut-être pour un mieux. » En ce début avril, François De Smet écrivait ses lignes pour commencer son billet « La crise qui changera notre regard ». Ce mercredi 8 avril, c’est La Libre qui lui demande de tirer les enseignements politiques de la crise sanitaire du coronavirus.

Doit-on attribuer la crise au mode de fonctionnement de notre société ?

Pour François De Smet, il y a eu à tout le moins une forme de nonchalance dont se sont rendus coupables les gouvernements précédents, mais aussi l’ensemble des sociétés occidentales. « De toute évidence, nous n’avons pas assez sacrifié au principe de précaution pour la prévention des pandémies. Une série de sociétés asiatiques ont mieux contenu le virus parce qu’elles ont bénéficié de l’expérience des épidémies précédentes. Nous, à l’époque, nous avons regardé cela de loin, pensant être épargnés. Ce qui est terrible, c’est que des plans contre les pandémies existaient, mais qu’avec le temps, des choix budgétaires de plus en plus à la corde les ont réduits à rien. » Une autre erreur est à pointé du doigt pour le Président de DéFI : « Nous n’avons pas vu arriver les dérives de la mondialisation. Je reconnais avoir appris que non seulement les masques, mais également les médicaments, étaient produits en Chine à des taux que je ne soupçonnais pas – au-delà de 80 %. »

Que se passera-t-il quand l’épidémie sera sous contrôle ?

Pour notre député fédéral et président, il est inconcevable de revenir à un business as usual mais il est aussi peu probable que l’on versera dans un autre monde. « Une partie de l’ancien monde reprendra ses droits. Mais il faudra mettre fin aux dérives du capitalisme financier, effacer le tournant des années 1980 avec Reagan et Thatcher, ce moment où la spéculation financière l’a emporté sur l’économie réelle. Nous voulons réconcilier le libéralisme et le libre-échange avec l’État-providence. On doit se saisir de ce momentum, tous les partis. Il s’agit cependant d’avoir une certaine humilité. Il y a plein de gens qui semblent savoir ce qu’il faut faire dès maintenant. Nous ne sommes pourtant qu’au milieu de cette crise. »

3 enseignements pratiques à tirer de la crise

Pour François De Smet, le premier enseignement à tirer de cette crise concerne, bien entendu, la santé. « Nous sommes à peu près tous d’accord pour dire maintenant que si la santé a un coût, elle n’a pas de prix. Revalorisons donc le secteur. »

Le deuxième enseignement est quant à lui lié aux métiers qui s’avèrent aujourd’hui essentiels et qui étaient pourtant déconsidérés tant financièrement que dans l’image qu’on s’en faisait : les infirmières, les médecins, les caissières, les facteurs, les éboueurs, etc. « Pour eux, on doit aller beaucoup plus loin que proposer une prime exceptionnelle. Dans son programme, DéFI propose une réforme fiscale valorisant les petits et moyens revenus. En gros, il s’agirait de relever la quotité exemptée d’impôt au seuil de pauvreté – soit plus de 13.600€/an – et, dans le même temps, de faire glisser la charge pesant sur les revenus du travail vers les revenus du capital. Par ailleurs, on propose de mettre fin, pour plus de justice fiscale, à une série de niches fiscales comme les intérêts notionnels ou les avantages fiscaux sur les voitures de société. On est arrivé à un système fiscal d’une telle complexité qu’il favorise ceux qui ont les plus gros revenus et les meilleurs fiscalistes. »

Troisièmement, « cette crise nous a rappelé combien c’est bien, l’État fédéral » explique François De Smet. « Le tout en ouverture, en prenant l’avis des Communautés et des Régions. Ce que nous faisons ensemble, nous le faisons plus efficacement. Tout cela nous conforte dans l’idée qu’il faut refédéraliser toutes les compétences liées à la sécurité d’existence comme la Santé et la Sécurité sociale. L’État doit être renforcé. On se rend compte que si l’État ne régule pas, s’il ne fait confiance qu’au marché, cela ne marche pas. Je constate que les gens ont très bien intégré les mesures qu’on leur demandait de respecter, des mesures pourtant très contraignantes. Pourquoi ? Parce que le gouvernement a fait œuvre de pédagogie en montrant à quel point c’était important et à quel point elles vont dans le cadre de l’intérêt général. »

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