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Journée européenne de la justice
"Quand j'ai commencé, j'étais convaincue que c'était une machine qui fonctionnait bien. Je me trompais"
Le vendredi 25 octobre 2019

A l’occasion de la Journée européenne de la justice, ce vendredi 25 octobre, Alexandra Dupire, avocate dans le Hainaut et tête de liste fédérale lors des dernières élections, nous reçoit pour un grand entretien.

« J’aborde mon métier avec passion »

Avocate depuis 2007, Alexandra Dupire ne se destinait pas à cette carrière à la sortie de ses études générales en latin-grec. « J’ai commencé des études à Louvain-la-Neuve mais ça ne m’a pas plu. J’ai décidé d’aller à Tournai pour entamer un graduat en droit suivi d’une passerelle vers l’ULB. Un jour, en cours de protection de la jeunesse, mon professeur entame la discussion sur mon avenir professionnel. A l’époque je me disais « quelle responsabilité d’avoir entre les mains une tranche de la vie des gens ». Je ne me sentais pas vraiment les épaules pour devenir avocate. Je voulais enseigner ! Un peu interloqué, mon professeur me propose tout de même de tenter le barreau parce que « ça n’engage à rien ». J’ai suivi son conseil et me voilà 12 ans plus tard… Je ne regrette rien. Même si ce n’est pas facile tous les jours parce qu’on se dit « qu’on ne peut pas se rater » parce qu’une partie de la vie des gens est en jeu, les matières que je traite me prennent aux tripes. Je fais beaucoup de familial et c’est un véritable accompagnement des personnes que je met en place. Je m’implique énormément dans mes dossiers et j’aborde toujours mon métier avec une véritable passion. »

La justice, un pilier de la démocratie

Une question nous brûle les lèvres : pourquoi tout le monde devrait s’intéresser à l’état de la Justice ? L’avocate frasnoise répond du tac au tac : « Parce qu’un jour où l’autre, nous ou un proche aura besoin de la justice ou des conseils d’un avocat. Mais plus encore parce que la Justice est un des piliers de la démocratie. A partir du moment où il n’y a plus de justice, c’est la porte ouverte aux dictatures. Alors oui, la démocratie n’est pas un besoin vital comme se nourrir, respirer… Mais finalement, ça reste un des fondements de notre société en matière de résolution de conflits. »

En pleine transformation

Les métiers liés à la justice mais également les modes de fonctionnement de celle-ci sont en pleine transformation. D’abord avec, comme dans beaucoup de secteurs, une digitalisation des procédures mais aussi grâce aux modes alternatifs de règlement des conflits. Mais attention, les modes alternatifs, c’est du cas par cas précise Alexandra Dupire : « on ne peut pas l’appliquer dans toutes les situations. Pourquoi ? Parce qu’avant de parler de l’aspect juridique, on aborde un aspect émotionnel. On ne peut pas demander, par exemple, à une femme battue d’entrer dans un processus de médiation avec l’auteur des violences. Donc, même si de mon côté, je suis assez convaincue par ces modes alternatifs parce qu’ils permettent de sortir de cette confrontation permanente, on ne peut pas l’appliquer à tous. Tout le monde n’est d’ailleurs pas prêt à ce style de fonctionnement. Les gens sont parfois désarçonné par ce nouveau mode de fonctionnement. »

Les lenteurs de la justice

Malgré certaines transformations, l’image de la Justice en a pris un coup. Alexandra Dupire admet : « quand j’ai commencé, j’étais convaincue que c’était une machine qui fonctionnait bien. Je pensais qu’on arrivait, qu’on plaidait et qu’on résolvait les problèmes des gens. Et puis on se rend compte quand on y met les pieds que la justice est lente, que les magistrats sont débordés, que les moyens financiers ne suivent pas… Alors, souvent, on se sent impuissants parce qu’il y a des situations qui mériteraient d’aller vite mais, même avec la meilleure volonté du monde, je ne peux rien y faire. A ce niveau-là, c’est une déception. D’un autre côté, je me dis que ce n’est pas en lâchant le navire que ça ira mieux. »

Et si cette lenteur donne le sentiment à l’avocat d’être impuissant, il doit l’expliquer à son client et ce n’est pas toujours facile. « C’est difficile d’expliquer aux gens la temporalité de la Justice parce que lorsqu’ils constatent qu’à la première audience leur problème n’est pas réglé, ils ont tendance à penser qu’on ne les aide pas. C’est une partie de l’aspect « social » dans le travail des avocats auquel on ne pense pas de prime abord. Pour les avocats qui travaillent en contact direct avec les gens, il y a une nécessité de canaliser d’un côté l’aspect émotionnel du procès et de l’autre part, l’aspect « lenteur » de la Justice. »

Il faut sauver la magistrature

De législature en législature, le sujet des cadres non remplis des magistrats refait surface. Alexandra Dupire explique : « Dans beaucoup de tribunaux, il n’y a pas assez de magistrats par rapport à la charge de travail et au nombre d’audiences. On leur demande de faire le même boulot qu’avant mais en nombre réduit. En plus, ils doivent être rentables puisqu’il y a des statistiques qui sont tirées de leur travail. Ce n’est vraiment pas évident ! Et ce n’est pas tout. Il ne faut pas oublier que ce sont des hommes et des femmes confrontés à des dossiers humains parfois difficiles. Ils rentrent dans l’intimité des gens et parfois, cette intimité n’est pas belle à voir. On ne le dit pas souvent mais il y a énormément de burn-out et de dépression dans la magistrature. Ça remet encore une couche supplémentaire de manque de personnel sur une profession déjà en sous-effectifs. »

Et le manque de personnel n’est pas le seul problème auquel est confronté la magistrature continue l’avocate hainuyère: « Les Palais de justice en Belgique sont dans un état désastreux. On demande aux magistrats de travailler avec des plafonds qui risquent de leur tomber sur la tête. Côté finances, ce n’est pas mieux ! Ils n’ont parfois pas de budget pour pouvoir acheter une fourniture ou l’autre, un bic, un bloc note et parfois, ça va même jusqu’au rouleau de papier toilette ! Il faut refinancer la justice pour lui redonner les moyens de fonctionner correctement ! S’il n’y a pas une prise de conscience du législateur rapidement, je suis particulièrement inquiète de ce qui va arriver. »

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