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Quel avenir pour l’enseignement artistique en Fédération Wallonie-Bruxelles ?
Le mercredi 9 juin 2021

Le CEG en collaboration avec DéFI Wallonie a organisé, le 25 mai dernier, un webinaire consacré à l’avenir de l’enseignement artistique. Il s’agissait de la deuxième co-organisation après le webinaire relatif à la rénovation du logement en Wallonie.

Enseignement en souffrance

Cet enseignement a souffert de la pandémie et d’une suspension des cours en présentiel pendant le premier confinement et d’une manière générale d’une certaine indifférence de la classe politique envers ses enseignants et les élèves qui le fréquentent. L’occasion était rêvée pour faire le point sur différents enjeux qui le concernent.

L’ESAHR, qui est régi par le décret du 2 juin 1998  est dispensé dans les quatre domaines suivants: 

  • les arts plastiques, visuels, et de l’espace 
  • la musique 
  • les arts de la parole et du théâtre
  • la danse

Seuls trois établissements sur l’ensemble des académies organisent les quatre disciplines; une distinction subsiste en effet entre les académies des beaux-arts , spécialisées dans les arts plastiques , visuels et de l’espace et les académies dites de “musique” qui organisent les domaines de la musique et dans la plupart des cas, celui des arts de la parole et du théâtre, et parfois la danse.

Le décret du 2 juin 1998 recense trois finalités à cet enseignement : 

  • concourir à l’épanouissement des élèves en promouvant une culture artistique par l’apprentissage des divers langages et pratiques artistiques; 
  • donner aux élèves les moyens et formations leur permettant d’atteindre l’autonomie artistique suscitant une faculté créatrice personnelle; 
  • offrir un enseignement préparant des élèves à rencontrer les exigences requises pour accéder à l’enseignement artistique de niveau supérieur. 

Comme l’a indiqué Michaël Henen, vice-président de DéFI Wallonie, et professeur en académie, dans son introduction, l’enseignement artistique, c’est “un partage de repères culturels, c’est donner sa chance à la créativité qui contribue à une meilleure société”. Il dit regretter à ce propos le fait que celui-ci demeure méconnu du grand public , alors que son utilité est avérée.

L’investissement des communes

Les dernières statistiques montrent que l’ESAHR (Enseignement Secondaire Artistique à Horaire Réduit) représente en Fédération Wallonie-Bruxelles pas moins de 95000 inscriptions pour 1624 ETP, et quelques 16000 inscriptions dans les ESA (Ecoles Supérieures des Arts).

Michel De Herde, échevin de l’enseignement à Schaerbeek, a rappelé en préambule de son intervention que l’ESAHR était organisé actuellement en 109 académies , 23 en Région bruxelloise et 86 en Région wallonne , dont 99 relèvent du pouvoir organisateur communal, 10 du réseau libre (parmi ces dernières, 1 seule relève du pouvoir organisateur du libre confessionnel).

L’on constate donc que cet enseignement subventionné non obligatoire repose beaucoup sur les communes en leur qualité de leur pouvoir organisateur. L’accent doit être mis également sur le fait que son public recouvre tous les âges (de 6 ans à 90 ans) et qu’il demeure accessible sur le plan financier tant à l’inscription qu’en matière de cours.

Michel De Herde a insisté sur le fait que globalement l’on peut se montrer satisfait de la qualité des bâtiments dans lesquels sont dispensés les cours d’académie ainsi que de l’acoustique. Cependant, la question doit être posée quant au fait de savoir si toutes les académies sont dotées de suffisamment de bons instruments.

Ainsi, la commune de Schaerbeek a investi dans un orgue d’occasion.

Michel De Herde déplore que le lien académie/ /ESA démontre un déséquilibre Wallonie/ Bruxelles (dont les sièges sont majoritairement situés en Région bruxelloise).

Il a indiqué ainsi que la Fédération Wallonie-Bruxelles ne trouve pas de locaux pour la section théâtre de l’INSAS et se demande pourquoi celle-ci ne pense pas à les établir en Wallonie.

Un lieu d’enseignement à part entière

Louis Schoonjans, directeur de l’académie de musique de Schaerbeek, déplore que l’académie soit avant tout perçue comme le lieu d’une activité parascolaire davantage que comme de l’enseignement à part entière. Il fait remarquer une situation budgétaire globalement difficile avec une enveloppe fermée, même si dans l’ensemble il souligne la grande qualité de l’enseignement dispensé et la fréquentation volontaire et déterminée des élèves.

M. Schoonjans souhaiterait que le gel de la dotation prévu pour l’année scolaire 2021-2022, le soit également pour les années à venir et déplore que le service de vérification des établissements effectue ses missions un peu contre les académies.

Simon Drachman, professeur en académie, a ensuite évoqué la délicate question de l’injustice barémique qui prévaut depuis plusieurs années, au sein des académies et l’application du barème 301 défavorable aux enseignants.

Il a ainsi retracé l’historique de cette revendication (l’accession au barème 501 toujours refusée à ce jour) au fil notamment de la réforme des titres et fonctions, et de l’agrégation  qui n’a pas permis de faire coïncider la grille barémique avec l’enseignement obligatoire, dans la logique 1 fonction = 1 barème.

Un moyen de se construire

Maximilien Herry, directeur de l’académie de Court Saint Etienne/Ottignies-Louvain-La-Neuve, a ensuite parlé des humanités artistiques organisées au niveau de sept institutions en collaboration avec l’enseignement secondaire (ndlr: 3e à 6 e année secondaire) (articles 23,24 et 35 du décret ESAHR) (exemple : humanités théâtre AR de Rixensart / Lycée Martin V ) 

M . Herry a rappelé que l’art dans l’école permet à l’enfant de se construire, et que la culture et les artistes constituent des pièces maîtresses pour renforcer la démocratie, et considère que ce projet des humanités artistiques a un caractère pluraliste.

Michel Stockhem, directeur d’ARTS (Ecole Supérieure des Arts) regrette, quant à lui, la parcellisation du système et la rupture organisée entre l’ESAHR et l’enseignement supérieur.

Joëlle Maison, députée à la Fédération Wallonie-Bruxelles.a conclu ce webinaire par l’exemple du PECA (Parcours d’Éducation Culturelle et Artistique)  dit “PECA”, qui fait partie du Pacte pour un Enseignement d’Excellence, qui entend conférer  à tous les élèves, depuis l’entrée en maternelle, jusqu’à la fin de la scolarité obligatoire, un accès égal à la Culture et à l’Art, à travers leurs différents modes d’expression.

Se fondant  sur trois champs (savoir ; savoir-faire ; rencontre avec des artistes, des œuvres, des métiers, des institutions, …) , il entend renforcer la dimension culturelle de tous les domaines d’apprentissage.  Implémenté dans l’enseignement maternel à la rentrée 2020. Il a investi dès  le début de l’enseignement primaire, et a pour vocation  progressivement de s’étendre pour concerner l’entièreté du tronc commun en 2030-31.

Elle a également mis l’accent sur sa contribution en tant qu’ ancienne échevine de l’enseignement sur la mise sur pied d’une école (primaire) communale “à rayonnement musical”, une première en Fédération Wallonie -Bruxelles, au sein de l’École Communale du Centre à Uccle 

Selon elle,  la pratique musicale amène l’élève à développer diverses compétences touchant les domaines intellectuel, personnel, affectif, physique et culturel tels l’écoute, l’attention, la mémoire, la rigueur, le goût de l’effort, le respect des règles et des autres… Autant d’exigences qui se retrouvent dans les autres matières enseignées dans le cadre du cursus scolaire et qui peuvent contribuer à la réussite de l’élève.

Que retenir de ce webinaire ?

Que le constat de tous nos intervenants passionnés de l’enseignement artistique, demeure lucide: tant que l’ESAHR que l’ESA demeurent corsetés par des moyens budgétaires limités, largement compensés par les compétences de leur corps professoral et la détermination des élèves voire par des initiatives originales (école à rayonnement musical) , le tout face à une indifférence relative des autorités de la Fédération Wallonie-Bruxelles; qu’au-delà de la question barémique qui demeure profondément inéquitable, c’est l’avenir même de cet enseignement qui manque de perspectives, de ponts entre le degré secondaire et le degré supérieur, de manque de prise de conscience de l’intérêt de l’investir car une éducation artistique réfléchie, de qualité , et innovante , dans le plus grand nombre d’écoles possibles (académie, humanités artistiques, ESA) est un fondement juste de nos sociétés futures.

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