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Wallonie
Pourquoi la vaccination des enseignants aurait-elle dû être une priorité ?
Le jeudi 27 mai 2021

Depuis décembre 2020, DéFI demande au gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles que le personnel enseignant soit inscrit sur la liste des métiers prioritaires. Une demande réitérée en mars 2021 par notre groupe à la Fédération mais aussi par DéFI Wallonie

Alors que l’année scolaire se termine et que les enseignants n’ont jamais été considérés comme des acteurs de première ligne par le gouvernement, DéFI souhaitait donner la parole aux acteurs de terrain afin qu’ils puissent raconter LEUR réalité !

Démontrer l’importance de l’enseignement en présentiel

Renaud Garnier est professeur de sciences économiques dans le secondaire et directeur adjoint d’un établissement scolaire en Province du Hainaut. De la crise Covid-19, il souhaite d’abord mettre en avant la solidarité qui s’est installée entre les collègues, les élèves et les parents : “C’est quelque chose qui s’est très rapidement mis en place. Les enseignants ont en outre fait preuve de créativité et d’ingéniosité afin, dans un premier temps, de rester en contact avec leurs élèves et, dans un second temps, d’assurer l’hybridation des apprentissages. Cette crise aura démontré que l’enseignement en présentiel est indispensable. Ensuite, nos écoles ont fait un bond de géant en ce qui concerne le numérique tant d’un point de vue matériel que pédagogique. Cet acquis perdurera dans le futur.”

Malgré tout, Renaud Garnier souligne la difficulté qu’il a rencontrée à être témoin de la détresse des jeunes : Je n’ai certainement pas le travail le plus compliqué mais pour moi, le plus difficile était de voir la détresse de certains jeunes qui ont fait preuve de courage, de solidarité et de respect des autres.”
Pour le Directeur-adjoint, la vaccination des enseignants en tant que public prioritaire aurait dû aller de soi : “Nous exerçons un métier essentiel. Dans le secondaire, mes collègues sont en contact avec des centaines de jeunes quotidiennement.”

Le plus difficile ? Le manque de contact

Pascal Goergen enseigne, lui, depuis 1987 à la Haute Ecole EPHEC en tant que professeur de langues et d’institutions européennes (lobbying européen) avec une « pause » entre 2000 et 2014. Notre enseignant a vécu la crise Covid-19 comme un déchirement  : “Le fait de devoir se séparer des étudiants et de ne plus pouvoir être dans une classe ou dans un auditoire a été un choc. D’une part, parce que l’interactivité a quasiment disparu du jour au lendemain et d’autre part, parce qu’il a fallu trouver d’autres moyens pour motiver les étudiants à revenir chaque semaine devant le petit écran via Zoom ou Teams. Le plus difficile a été le manque de contact avec mes groupes d’étudiants, particulièrement pour les cours de langues. Difficile de faire travailler les étudiants en groupes ou en tables de discussion, difficile d’organiser des débats,… Il a fallu se réinventer et surtout devenir également coach et pas seulement enseignant.

En ce qui concerne la stratégie de vaccination de la Belgique, Pascal Goergen ne souhaite pas “critiquer pour critiquer” : “Critiquer n’est pas ma tasse de thé. Néanmoins, mettre à un moment donné les enseignants comme groupe prioritaire pour la vaccination aurait été un signal fort de la part de la Ministre. Ce ne fut pas le cas. Je le regrette amèrement surtout pour les collègues dans les écoles maternelles, primaires et secondaires qui ont dû mois par mois, parfois même toutes les semaines se muer en organisateurs des dispositions sanitaires sans cesse changeantes. Quel mépris lorsqu’il s’agissait de leur santé et de la santé des élèves. En ce qui me concerne, j’ai dû retourner à l’école alors que je n’étais pas vacciné. J’avais devant moi des jeunes qui aspiraient à plus de liberté et qui, probablement ou pas, avaient fréquenté les parcs et autres rassemblements entre jeunes. Difficile de donner cours dans de telles conditions.”
Vivement le retour à la normale ou à la quasi-normalité. Et si possible sans masque. Donner des cours de langues avec le masque, écouter les étudiants dans une autre langue alors qu’ils sont masqués est quasi impossible pour un bon apprentissage linguistique” conclut Pascal Goergen.

Comme si les enseignants de l’artistique n’existaient pas…

Lauréat du Conservatoire Royal de Musique de Liège, surveillant-éducateur puis professeur de formation musicale, de chant d’ensemble, de formation instrumentale, spécialité clarinette-saxophone et d’ensemble instrumental dans l’Enseignement Secondaire Artistique à Horaire Réduit (ESAHR) depuis 1997, Michaël Henen a été mis en dispense de service de mars à juin 2020 lors de la première vague de Covid-19. 

“J’ai essayé de garder un contact avec mes élèves via un système de visioconférence, mais celui-ci est peu adapté à l’enseignement musical. Par la suite, ayant plusieurs élèves à préparer pour des échéances ultérieures (dont une préparation au supérieur), j’ai donné cours en physique durant les vacances d’été. L’année scolaire suivante, j’ai plutôt bien appréhendé la situation malgré les contraintes liées aux codes orange et rouge, ce dernier étant toujours d’application jusqu’en juin 2021. Ces contraintes sont de plus en plus lourdes à porter, surtout depuis les vacances de printemps, sans compter la démotivation de certains élèves, leur mal-être et le fait de devoir travailler dans des conditions plutôt précaires (cours d’ensemble (=orchestre) à 4 personnes maximum, par exemple).

Ce qui est le plus difficile à surmonter, c’est le port du masque et la distance physique qui ne permettent plus un contact privilégié avec les élèves.”

Mais pour Michaël Henen, ce qui est le plus difficile à digérer c’est l’attitude du Ministère qui a fait tout d’abord comme si notre enseignement n’existait pas : “Avec, comme cerise sur le gâteau, le non-octroi de la prime au numérique alors que tous les autres réseaux en bénéficient. Ensuite, on nous a assimilés à de l’extra-scolaire, ce qui m’a poussé, avec d’autres collègues, à écrire une carte blanche qui a fait finalement plier la Ministre.

Sur la vaccination, le bilan est difficile à faire mais il semble que la Belgique vaccine bien.  Les enseignants auraient dû, par contre, bénéficier d’une priorité, ce qui n’en était visiblement pas une pour les décideurs.” “Je n’attends qu’une chose : la fin au plus vite de cette année scolaire qui ne m’apporte plus aucune motivation et qui lasse de plus en plus la plupart de mes élèves. L’impression générale est le surplace, en réalité. Si le processus de vaccination se déroule au mieux, on peut espérer une rentrée plus sereine en septembre” conclut Michaël Henen.

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