ACTUALITÉS

Déconfinement
Prostitution : "Arrêtons l'hypocrisie et mettons en place un protocole clair !"
Le samedi 6 juin 2020

Propriétaires de salons de prostitution, travailleuses et travailleurs du sexe eux-mêmes, associations : depuis le CNS de mercredi, le secteur s’inquiète aussi nous explique Le Soir ce vendredi 5 juin.

En effet, en expliquant que la règle était désormais « tout est autorisé sauf ce qui est interdit » et sans citer le travail du sexe, la Première ministre a donc, à demi-mot, validé la reprise de la prostitution dès lundi. Depuis, notre bourgmestre faisant fonction de Schaerbeek, Cécile Jodogne, est très sollicitée. Celle-ci dénonce l’« hypocrisie du fédéral » et réclame un protocole clair ! « Il y a là toutes des personnes qui sont systématiquement oubliées. Personne ne veut prendre ses responsabilités : on fait comme si ça n’existait pas ! Maintenant qu’on est face à la crise, on semble se dire « ah zut, ça existe ! » On ne sait pas si on doit les assimiler à l’horeca (reprise le 8), aux massages non thérapeutiques, ou aux sports de combat (reprise en juillet). Et si reprise il y a, avec quelles mesures d’accompagnement ? Chaque secteur professionnel a un protocole à respecter. Il y a une hypocrisie du fédéral, liée à l’hypocrisie générale de l’absence de statut. On ne sait pas où placer ces travailleuses et travailleurs et, depuis des décennies, on refuse de se pencher sur cette question et de leur donner un statut. »

« Ce n’est pas mon rôle »

Pour Cécile Jodogne, la décision revient à nouveau aux communes sans soutien de la part des autorités supérieures : « Il y a apparemment une proposition de protocole sur la table. Qu’est-ce que j’en fais ? Est-ce que c’est lié à une autorisation formelle ? Dois-je prendre un arrêté pour rouvrir ? Avec quelles conditions ? Ce n’est pas mon rôle. Et n’est-ce pas trop tôt ? Même les associations me disent que c’est trop rapide : elles veulent de vraies protections pour les travailleurs et travailleuses. Elles ont aussi des inquiétudes quant à la stigmatisation. Elles entendent bien que les gens s’interrogent : « Je ne peux pas aller au cinéma, mais je peux aller voir les prostituées ». Cela semble aberrant, et elles en ont conscience. Car l’enjeu majeur reste quand même cette crise sanitaire qu’on ne veut pas voir reprendre. Au niveau du fédéral, on se raccroche à d’autres secteurs qui ne correspondent pas à la réalité du métier. Est-ce qu’il va falloir mettre un plexiglas entre les personnes ? On n’est pas dans l’horeca ! Du gel… juste pour les mains ? Je ne dois pas vous faire un dessin. Porter un masque ? Il y a une réelle difficulté de parler de cela de façon franche. Et on ne parle pas du tracing. Je doute que les clients citent une prostituée dans leurs dix contacts de la semaine… Cela fait donc potentiellement 30.000 personnes en Belgique qui pourraient participer à un retour de la maladie. Dans la situation actuelle, il vaudrait sans doute mieux que ça ne rouvre pas. Mais la situation serait catastrophique pour ces personnes sans statut qui ne peuvent prétendre à rien. »

Absence de clarté et de procédures

La bourgmestre faisant fonction de Schaerbeek n’est pas « pour » la prostitution : « j’aimerais bien qu’elle n’existe pas. Mais il faut être pragmatique : il y a des personnes derrière ce mot « vilain » que personne ne veut entendre ! Cela serait bien mieux de reconnaître qu’elles existent, et de donner un cadre clair de reprise. Les associations de terrain nous disent déjà que cela reprend, et elles sont inquiètes. Face à une prostitution qui reprend sur les banquettes arrière, avec du racolage, je préfère que ça reprenne dans des salons, des carrées, sous conditions. Cette crise met encore en évidence l’hypocrisie et l’injustice de l’absence de statut pour les travailleurs du sexe. Qu’on prenne les choses en main et qu’on trouve enfin une solution ! Si ces personnes avaient un vrai statut, elles pourraient prétendre à une aide, au droit passerelle, ou au chômage temporaire, etc.
Pour l’instant, on n’a toujours pas l’arrêté ministériel. Et des échos que nous avons, la prostitution n’y sera pas mentionnée. Cela serait repris sous le vocable « massage non thérapeutique » et il faudrait donc comprendre que la prostitution peut reprendre. Il faudrait au moins que cela soit dit clairement dans les FAQ. On nous dit aussi que le protocole devrait être approuvé par le GEES. C’est un minimum. J’en appelle vraiment à plus de clarté pour la gestion de la crise actuelle et à une solution structurelle à long terme, pour reconnaître un statut et des droits à ces travailleuses et travailleurs.
»

Thématiques populaires
Culture Droits humains Droits linguistiques Education Emploi Enseignement Enseignement supérieur Environnement Fédération Wallonie-Bruxelles Gouvernance Mobilité Pouvoirs locaux Santé Social Élections 2019
AUTRES ACTUALITÉS
DéFI réclame de la transparence dans l’établissement des critères établissant les couleurs ainsi que la publication des données sur lesquelles se reposent les experts
CELEVAL / Coronavirus DéFI réclame de la transparence dans l’établissement des critères établissant les couleurs ainsi que la publication des données sur lesquelles se reposent les experts
« Il est temps de demander  l’élargissement de la Région bruxelloise »
négociations fédérales "Il est temps de demander l'élargissement de la Région bruxelloise"
Un groupe de travail sur la biodiversité grâce à DéFI
Pepinster Un groupe de travail sur la biodiversité grâce à DéFI
Article 27 emménage à la Maison Howet de Libramont-Chevigny
Province du Luxembourg Article 27 emménage à la Maison Howet de Libramont-Chevigny