Logement
Les projets de colocation entre personnes âgées
Le jeudi 3 mai 2018

En 1981, l’antenne Andromède qui dépend du CPAS de Woluwe-Saint-Lambert a lancé un projet pilote de colocation réservée aux personnes âgées. Ce projet innovant (quoique déjà relativement ancien) mérite toute notre attention et va, à n’en pas douter, faire des émules dans les années à venir, car la vie en communauté ou la colocation est une forme d’habitat qui présente incontestablement une multitude d’avantages et qui est donc susceptible de séduire un nombre considérable de seniors.

Lors de nos travaux en commission du logement et en commission des affaires sociales, nous abordons fréquemment l’épineuse question du logement des personnes âgées, et force est de reconnaître que pendant longtemps, nous avons eu tendance à envisager cette problématique de façon binaire : soit la personne décide de séjourner en maison de repos, soit elle choisit de rester chez elle en ayant, le cas échéant, recours aux services des aides à domicile. Depuis quelques années, nous avons heureusement compris qu’il fallait raisonner non plus en termes de dichotomie (placement en maison de retraite versus maintien à domicile), mais bien en termes de continuum. Il existe, en effet, plusieurs solutions intermédiaires entre l’hébergement dans un home et le maintien à domicile, solutions qui permettent de lutter contre la solitude des seniors tout en préservant leur autonomie. Parmi ces diverses formules, on évoque régulièrement les projets d’habitat intergénérationnel (ou de « maison kangourou ») dans le cadre desquels une personne âgée et une famille, ou une personne âgée et un étudiant, vivent sous le même toit et conviennent d’un nombre limité de tâches. Au cours de cette législature, le gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale a d’ailleurs décidé d’encourager la création de logements intergénérationnels, en lançant deux appels à projets successifs : le premier en 2015, le second en 2017. A côté de l’habitat intergénérationnel, il existe une autre formule intéressante, celle de la colocation pour seniors, qui a, jusqu’à présent, été largement sous-exploitée.

En région bruxelloise, un nombre considérable d’étudiants et de jeunes actifs optent pour la colocation dont les avantages ne sont plus à rappeler : partage du loyer et des charges, répartition des tâches ménagères, organisation d’activités collectives, convivialité, vie en communauté, etc. Or, cette nouvelle forme d’habitat n’a, à première vue, pas vocation à s’adresser exclusivement aux jeunes ; ses diverses caractéristiques pourraient très bien séduire d’autres publics, et notamment certaines personnes âgées qui ne veulent plus vivre seules chez elles, mais qui ne souhaitent pas non plus être hébergées dans une maison de retraite. Estimant que le régime de la colocation pouvait parfaitement convenir à certains seniors, les dirigeants du CPAS de Woluwe-Saint-Lambert ont conçu en 1981 le projet pilote de l’antenne Andromède, visant à permettre à des personnes âgées de vivre en communauté. Concrètement, l’antenne Andromède gère six appartements appartenant au CPAS, qui comportent chacun cinq chambres, un living, une cuisine, deux salles de bain et deux WC, et qui ont été aménagés de façon à permettre à 30 personnes âgées de se retrouver par groupe de cinq dans des petites communautés de vie. Chaque senior dispose de sa propre chambre meublée et partage les pièces communes (salon, cuisine, salle de bain, …) avec ses quatre colocataires.

La colocation forme en quelque sorte un rempart contre la solitude des seniors, dans la mesure où cette forme d’habitat leur offre la possibilité d’entretenir et de développer des réseaux relationnels divers. Qui plus est, cette vie en communauté paraît plus respectueuse de l’autonomie de la personne âgée que ne l’est la vie en maison de repos. En effet, les seniors considèrent généralement que leur prise en charge au sein d’un home aura pour effet de les priver d’une partie de leur indépendance, puisqu’ils devront respecter le rythme de vie et le règlement d’ordre intérieur de l’établissement. En revanche, dans une colocation, les seniors peuvent mener leur vie comme bon leur semble ; ils décident de leurs horaires ainsi que de leurs repas et organisent leurs activités individuelles et collectives en toute autonomie. Par ailleurs, il est à noter que les colocataires de l’antenne Andromède reçoivent fréquemment la visite d’une aide familiale, et qu’ils peuvent se faire prodiguer des soins à domicile, lorsqu’ils en ont besoin. Précisons que le coût de ces services s’élève à 28,80 euros par jour, soit environ 870 euros par mois.

Lorsqu’un senior souhaite intégrer l’une des six colocations actuellement gérées par l’antenne Andromède, il doit se présenter aux occupants de l’appartement et tenter de leur démontrer qu’il est le colocataire idéal. S’il parvient à les convaincre, il pourra alors emménager dans l’appartement pendant une période d’essai d’un mois qui permettra de vérifier si la vie en communauté convient à la fois au nouvel occupant et aux quatre autres colocataires. Si la période d’essai s’avère concluante, le nouveau venu pourra s’installer définitivement et deviendra un membre à part entière de la colocation. L’antenne Andromède a également mis en place un mécanisme de prévention et de résolution des conflits inhérents à la vie en communauté. Tous les quinze jours, une médiatrice rend visite aux occupants des appartements pour s’assurer que la vie en colocation se déroule correctement, et pour apporter des solutions aux éventuels problèmes.

Grâce à cette brève description du projet supervisé par l’antenne Andromède, j’ai pu mettre en évidence les nombreux aspects positifs de la colocation pour les personnes âgées. Compte tenu des résultats extrêmement encourageants de cette première expérience, le groupe DéFI plaide pour que le gouvernement régional soutienne et accompagne le développement de nouveaux projets visant à créer des colocations réservées aux seniors. Si nous faisons preuve d’un réel enthousiasme par rapport à ce type d’initiative, nous avons néanmoins conscience que la colocation constitue une forme d’habitat bien particulière qui est probablement inadaptée aux besoins spécifiques de certaines personnes âgées. Il importe aussi de relever que ces projets de colocation se heurteront probablement à un obstacle majeur, à savoir le problème de la disponibilité des grands logements dans notre région. Des colocations ayant vocation à accueillir des groupes de quatre ou cinq seniors ne peuvent être mises en place que dans des logements de grande taille comptant quatre ou cinq chambres. Or, les statistiques récentes révèlent que les opérateurs immobiliers publics bruxellois (les SISP, les communes, les CPAS, etc.) sont actuellement confrontés à un important déficit de grands logements, et que des milliers de familles nombreuses sont inscrites sur les listes d’attente. Le stock de logements publics de grande taille étant relativement limité, la formule de la colocation ne pourra être proposée qu’à un nombre assez restreint de personnes âgées. Il n’en demeure pas moins que les projets de colocation réservés aux seniors méritent d’être salués et soutenus par le gouvernement bruxellois.

Madame la Ministre, mes questions sont les suivantes :

  • Avez-vous eu l’occasion de vous pencher sur le projet pilote de colocation entre seniors, lancé par l’antenne Andromède ? Dans l’affirmative, quels enseignements tirez-vous de cette expérience ?
  • Connaissez-vous d’autres projets de colocation spécifiquement destinés aux seniors, qui auraient été lancés à l’initiative d’une commune, d’un CPAS, d’un autre type d’opérateur immobilier public, d’une association ou encore de personnes âgées elles-mêmes ? Dans l’affirmative, pourriez-vous nous présenter brièvement ces projets ?
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