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EUROPE
L’Europe ne peut se détourner de son destin politique
Le lundi 27 mars 2017

L’Europe a 60 ans, c’est peu dans l’histoire des nations, c’est beaucoup dans le temps de la paix.

Aujourd’hui vilipendée par les partis nationalistes d’extrême-droite et anti-mondialistes d’extrême-gauche, l’Europe fait depuis plus d’une dizaine d’années l’objet de critiques sans nuances. Il se révèle de plus en plus difficile de se faire entendre sur le sujet en dehors du «tout ou rien ». Ou bien vous êtes pour l’Europe et vous êtres «progressiste-libéral» ou bien vous êtes contre et vous voilà «souverainiste-populiste».

Comment en est-on arrivé là ? Depuis 1957, annonçant les trente glorieuses, l’Europe des pères fondateurs s’est construite comme outil économique de la croissance. Insidieusement, depuis la fin des années 80, la Commission a donné l’image d’un pouvoir au service d’une idéologie ultralibérale qui n’a rencontré aucun contrepouvoir réel, ni celui des mouvements syndicaux, ni celui de la critique intellectuelle. Cela même alors que la dynamique de croissance avait fait place à des crises successives.

En l’absence de dialectique avec la société civile et d’investissement critique des intellectuels, les frondeurs antisystème ont confisqué le champ d’expression du sens commun pour imposer des propos radicaux qui essaiment dans une classe moyenne fragilisée par les crises successives. En même temps, les gouvernements nationaux eux-mêmes, reconnaissent rarement ce que l’UE apporte aux Etats membres. L’attrait des dédouanements faciles les rend enclins à faire de l’UE un bouc émissaire de choix.

Dans pareil contexte l’estompement du sentiment d’appartenance à l’Europe ne peut étonner.

Pour relancer la construction européenne, il faut oser la refonder comme véritable pouvoir politique affirmé, interlocuteur des mouvements sociaux et des mouvements citoyens. Les institutions européennes doivent endosser l’habit de dirigeants politiques et adopter la culture qui va avec, celle de la négociation et de la concertation sociale. Ne pas entamer cette transformation ne peut aboutir qu’à une perte totale de légitimité et au blocage des processus de décision par des intérêts nationaux ou régionaux qui se revendiqueront, légitimement ou pas, porte-paroles de la société civile.

L’apport et l’expertise du lobbying est important mais il ne peut suffire à fonder une décision politique et à pérenniser l’institution politique européenne.

L’une des conditions sine qua non pour aller dans cette voie est évidemment la fondation d’une véritable Europe fédérale avec un exécutif qui soit l’émanation de son parlement et une répartition claire des compétences entre les Etats membres et le gouvernement fédéral européen. Après plus d’un demi-siècle, c’est de mieux d’Europe dont nous avons besoin. Les élections de 2019 seront un moment historique pour l’émergence de programmes fondateurs et courageux pour une Europe forte de ses acquis.

Dans l’économie globalisée que nous connaissons aujourd’hui et au sein de laquelle nos entreprises et startups doivent se développer, l’Union européenne est la seule option. Car seul un marché unique de 500 millions d’européens est significatif à l’échelle mondiale pour les exportations et les importations de biens et services, et bien sûr pour attirer les investisseurs. En termes d’influence politique, seul l’UE peut asseoir sa crédibilité dans le concert des grandes nations.

Pourquoi cet espoir de la place que peut prendre l’Europe dans le monde est-il perçu par les citoyens européens comme une menace plutôt que comme une chance à saisir ? D’abord parce que l’UE n’est pas suffisamment lisible en tant qu’instance politique pour les raisons invoquées plus haut. Ensuite en raison de la prédominance de la valeur liberté dans un contexte géo-politique vécu comme menaçant par bon nombre de citoyen. L’Europe des libertés, de l’ouverture sur le monde doit aussi devenir l’Europe qui protège, qui régule, qui donne une image claire de son territoire, pour ses citoyens comme pour les migrants ou les réfugiés. L’UE doit avoir une politique frontalière et d’accueil des réfugiés claire.

L’Europe doit devenir une véritable puissance politique soucieuse de sa sécurité intérieure et de sa défense. C’est vital pour l’avenir de tous les peuples d’Europe d’unir leurs moyens dans ces domaines. C’est vital pour l’accomplissement de l’idéal de paix et de coopération énoncé en 1957.

 

Cécile Jodogne

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