Droits humains
L'étude concernant les mutilations les femmes et filles victimes de mutilations génitales féminines en Région bruxelloise
Le vendredi 4 mai 2018

Une étude menée par l’Institut pour l’Egalité des femmes et le SPF Santé publique nous fait estimation de la prévalence des filles et femmes excisées ayant subi ou à risque de subir des mutilations génitales féminines (MGF) en Belgique en 2018. 17 273 femmes et filles sont déjà probablement excisées et 8 644 sont intactes mais courent le risque de l’être. Des chiffres interpellant et à mettre en lien avec les chiffres de 2007 (6 260 le nombre de femmes et filles très probablement excisées et 1975 à risque de l’être) et 2012 (13 112 femmes très probablement excisées et 4 084 à risque). Ces chiffrent sont très interpellant mais je ne suis guère étonnée, car cela fait un petit temps que je parle des nouvelles populations qui sont arrivées en Belgique et qui proviennent de pays ou l’excision est pratiquée.

L’étude confirme bien que « l’augmentation du nombre de femmes probablement déjà excisées, s’explique par l’ajout des femmes originaires d’Indonésie (23 % de l’augmentation dans l’hypothèse haute), et par l’arrivée depuis 2012 de primo-arrivantes venant de Guinée (51 % d’augmentation) et de Somalie (36 % d’augmentation). Les autres pays d’origine de primoarrivantes sont l’Irak (7% d’augmentation) ainsi que des pays de la corne de l’Afrique (Egypte, Djibouti, Ethio pie et Erythrée), la Côte d’Ivoire, la Sierra Leone et le Burkina Faso (entre 4 et 7 % de l’augmentation selon les pays). Pour les filles à risque, l’aùgmentation est principalement due aux naissances en Belgique de filles nées de mères d’origine guinéenne (33% de l’augmentation dans l’hypothèse haute) et Somalienne (7%) ainsi qu’à la prise en considération des filles nées de mères d’origine indonésienne (4% d’augmentation). Les autres pays concernés par l’augmentation des naissances sont Djibouti, l’Egypte et la Sierra Leone (environ 2% de l’augmentation pour chacun des pays) »

Un autre élément inquiétant est la publication le 5 mars 2018 d’un article dans la revue médicale en ligne « MediQuality » intitulé « Des mutilations génitales féminines sont également pratiquées par des médecins dans notre pays ». Ainsi, l’article nous donne trois exemples distincts de la pratique de l’excision : « Dans le premier cas, la mère affluente se rend avec sa fille à la clinique privée d’un chirurgien plasticien qui pratique une soi-disant correction vaginale: la procédure consiste à réduire les grandes lèvres: la « peau superflue » des petites lèvres et/ou des grandes lèvres est réduite. Dans certains cas, on effectuera aussi une labioplastie permettant grâce à une incision en V de réduire les petites lèvres, et d’enlever ainsi encore davantage de chair interne. Généralement la mère demande aussi la réduction du capuchon du clitoris, impliquant l’ablation chirurgicale de la « peau excédentaire du clitoris ». La deuxième piste passe par l’étranger. La mère et la fille prennent l’Eurostar pour Londres où des dizaines de cliniques privées et des médecins musulmans exerçant en privé pratiquent l’intervention contre paiement.

La troisième piste est celle des généralistes et des maisons médicales belges où les patients allochtones voulant faire cette « intervention médicale » peuvent s’adresser. Le centre se trouve à Bruxelles, mais il y en a aussi à Malines, Liège et Charleroi où l’on peut demander une excision médicale sunnite. On procède dans ce cas à l’ablation du capuchon du clitoris, ce qui « n’est pas une clitoridectomie », et ne viole donc pas la loi, » comme nous l’a assuré un médecin expérimenté. Selon ce même médecin, il rend service aux personnes en détresse. « L’alternative est la pratique cruelle et bien connue de l’excision à la lame de rasoir, sur une table de cuisine. Quand c’est possible, nous épargnons la petite patiente en pratiquant seulement une petite ponction au sommet du clitoris. Car dès que le sang coule, l’intervention est terminée, aux yeux de la mère ». Selon ce médecin, il s’agit dans ces cas-là de petites filles de milieux arabes, lisez irakiens. Selon la Santé publique, 1,8% des femmes concernées sont originaires d’Irak. Cela explique l’augmentation de ce type d’intervention depuis 2008. Fabienne Richard: « Il arrive souvent que les parents nous disent: vous avez circoncis notre fils, maintenant vous pouvez ‘aider’ notre petite fille ». Les mères d’Afrique noire exigent cependant une excision complète impliquant l’ablation complète ou partielle du clitoris et parfois aussi des petites lèvres. Aucun des médecins auxquels nous avons parlé n’a pratiqué une « excision pharaonique » ou une infibulation. « Cela ne serait pas éthique, c’est en contradiction avec la déontologie ». »

Les associations spécialisées ne semblent pas étonnées par ces informations. Pour ma part, je ne le suis pas non plus car du fait de ma connaissance du terrain et de mes contacts avec certaines communautés concernées, j’ai déjà exprimé ces craintes dans plusieurs interpellations.

L’étude montre que les besoins de prévention (filles à risque d’être excisées) et de prise en charge médico-sociale (filles et femmes déjà excisées) sont importants en Belgique.

Madame la Ministre, mes questions sont les suivantes :

  • Au vu des éléments de l’étude et des déclarations publiées dans la revue médicale en ligne MediQuality concernant des témoignages d’excision sur le sol belge, une concertation est-elle prévue entre les secteurs concernés et associations spécialisées sur le renforcement des moyens de prévention des MGF ?
  • La question de l’examen des organes génitaux externes comme moyen de prévention et/ou d’identification de violences sexuelles et mutilations génitales est-elle à l’ordre du jour ? Dans ses recommandations, l’étude préconise qu’ « un séminaire réunissant des experts nationaux et européens (éthique, pédiatrie, médecine légiste, droits de l’enfant, services de prévention de la petite enfance, médecine scolaire, …) devrait être organisé afin d’analyser la place de l’examen des organes génitaux externes dans la prévention et la protection des filles à risque et de décider de manière concertée l’approche choisie pour la Belgique »
  • Des contacts ont-ils été pris avec d’autres pays européens concernant l’obligation de procéder à un examen régulier des filles à risque d’excision ?
  • Quelle concertation avec les différents niveaux de pouvoirs pour avancer conjointement sur ce dossier ? En effet si quelque chose est décidé cela doit être pour l’ensemble du pays, sinon les familles vont déménager là où il n’y aura pas de suivi. Est-il envisageable que cette concertation, soit menée par l’IEFH qui a dans sa compétence le suivi de la mise en oeuvre du PAN Violence et qui a le mandat de rassembler les administrations et cabinets des différentes entités fédérées ?
  • Qu’en est-il des campagnes d’informations à large échelle ? En matière de campagnes d’informations, l’étude recommande une campagne d’information nationale pour faire connaitre l’existence des deux centres accrédités (CeMAViE au CHU St Pierre et la VrouwenKliniek à l’UZ de Gand) qui offrent une prise en charge globale des femmes. Pour ma part, comme je l’avais suggéré, il serait bon, afin de toucher le plus grand nombre d’organiser des campagnes régulières via les canaux de la télévision, de la radio et rappelant que cette pratique est interdite en Belgique ».

Découvrez : 

Le compte rendu des débats

Thématiques populaires
Culture Droits humains Droits linguistiques Economie Education Emploi Enseignement Enseignement supérieur Environnement Fédération Wallonie-Bruxelles Gouvernance Logement Mobilité Santé Élections 2019
AUTRES ACTUALITÉS
Les députés DéFI au Parlement de la FWB ont prêté serment
Fédération Wallonie-Bruxelles Les députés DéFI au Parlement de la FWB ont prêté serment
De bourgmestre à député : comment garder le lien avec les citoyens ?
Région bruxelloise De bourgmestre à député : Comment garder le lien avec les citoyens ?
Tous les résultats en Wallonie, à Bruxelles et dans sa périphérie
Résultats Tous les résultats en Wallonie, à Bruxelles et dans sa périphérie
DéFI veut faire reconnaître le burnout comme maladie professionnelle
santé DéFI veut faire reconnaître le burn out comme maladie professionnelle