Affaires sociales
Les résultats du 14ème rapport annuel de l’Observatoire de la santé et du social sur l’état de la pauvreté en Région bruxelloise
Le vendredi 22 février 2019

En novembre dernier, l’Observatoire de la santé et du social de Bruxelles-Capitale a publié pour la quatorzième année consécutive son rapport annuel sur l’état de la pauvreté en Région bruxelloise. Ce Baromètre social 2018 fournit une multitude de données relatives à la situation socioéconomique des Bruxellois et présente une série d’indicateurs actualisés ayant trait à différents aspects de la précarité dans notre Région. À l’instar des treize éditions précédentes, cette nouvelle édition du Baromètre social montre qu’une part significative de la population bruxelloise se trouve en situation de pauvreté. Les résultats de l’étude indiquent en effet que le taux de risque de pauvreté ou d’exclusion sociale s’élève à 39% en Région bruxelloise. Un tiers (33%) des Bruxellois perçoivent des revenus inférieurs au seuil de risque de pauvreté.

Selon les données du Baromètre social 2018, le pourcentage de ménages vivant sans revenu du travail atteint 21% à Bruxelles, contre 17% en Wallonie et seulement 8% en Flandre. Par conséquent, près d’un quart (23 %) des enfants bruxellois grandissent dans un ménage ne disposant pas de revenus du travail. Bien que les politiques menées par le ministre bruxellois de l’Économie et de l’Emploi, Didier Gosuin, aient permis à des milliers de Bruxellois de (re)trouver un emploi, le taux de chômage demeure relativement élevé à Bruxelles.
II est actuellement estimé à 15%, alors qu’il se situe autour des 7% dans l’ensemble du Royaume.

À défaut de percevoir un salaire, 21% des Bruxellois âgés de 18 à 64 ans doivent se contenter d’un revenu de remplacement ou d’une allocation d’aide sociale dont la plupart des montants minimaux sont largement inférieurs au seuil de risque de pauvreté. Se basant sur des données administratives, les chercheurs de l’Observatoire de la Santé et du Social de Bruxelles-Capitale observent qu’en l’espace de dix ans (de 2007 à 2017), le nombre total de Bruxellois bénéficiant du revenu d’intégration sociale (RIS) ou de l’aide sociale équivalant au revenu d’intégration sociale (ERIS) a considérablement augmenté, passant de 28.800 à 43.000.

Les bénéficiaires du RIS ou de l’ERIS représentent désormais près de 6% de la population bruxelloise en âge de travailler et cette proportion grimpe même à 13% chez les jeunes adultes âgés de 18 à 24 ans. La hausse sensible du nombre de personnes percevant le RIS en Région bruxelloise s’explique notamment par les mesures prises par les gouvernements Di Rupo et Michel ler, visant à durcir les conditions d’accès aux allocations de chômage et d’insertion (limitation dans le temps des allocations d’insertion, allongement du stage d’insertion socioprofessionnelle pour les nouveaux demandeurs d’emploi, sanctions à l’encontre des bénéficiaires d’allocations de chômage…). Victimes de ces mesures, un nombre considérable de Bruxellois ont été exclus des allocations de chômage et n’ont, dès lors, eu d’autre solution que de s’adresser au CPAS pour pouvoir obtenir le RIS.

Par ailleurs, les résultats du Baromètre social 2018 révèlent que le nombre de seniors percevant la garantie de revenus aux personnes âgées (Grapa) continue de croître en Région bruxelloise. Au cours des dix dernières années, le pourcentage de personnes âgées bénéficiant de la Grapa a sensiblement progressé à Bruxelles, passant de 8% à 12%, tandis qu’il est resté assez stable à l’échelle de la Belgique, oscillant autour de la barre des 5%. Les auteurs du rapport relèvent également que 28% des habitants de notre Région sont bénéficiaires de l’intervention majorée (BIM) pour les soins de santé et que leur proportion s’élève même à 36% parmi les enfants et les adolescents.

S’agissant de l’enseignement, l’étude montre que plus d’un quart (26%) des élèves fréquentant l’enseignement secondaire en Région bruxelloise accusent un retard scolaire de minimum deux ans. De plus, 14% des jeunes adultes appartenant à la tranche d’âge de 18 à 24 ans ont quitté prématurément l’école sans avoir décroché un diplôme de l’enseignement secondaire supérieur.

En ce qui concerne le logement, les chercheurs de l’observatoire soulignent aussi que le montant du loyer représente souvent plus de la moitié du budget mensuel des ménages bruxellois précarisés, lesquels peinent à accéder à un logement décent à un prix abordable. Outre le problème du coût du logement, 22% des ménages bruxellois se plaignent de la qualité de leur logement en mentionnant différents problèmes comme une situation de surpeuplement, l’incapacité à chauffer correctement l’habitation ou le mauvais état du bien (humidité, moisissure, etc.).
Enfin, et ce n’est guère surprenant, les auteurs de l’étude constatent que les statistiques globales collectées pour l’ensemble de la Région de Bruxelles-Capitale masquent d’importantes inégalités socio-spatiales au sein de son territoire.

En effet, pour la plupart des indicateurs, on observe d’énormes disparités entre les quartiers et les communes bruxelloises. À titre d’exemple, le taux de chômage varie sensiblement d’une commune à l’autre : s’il atteint 24% à Saint-Josse-ten-Noode, il n’est que de 9% à Woluwe-Saint-Pierre. De même, il existe de grandes différences entre les communes bruxelloises concernant le niveau de revenus de leurs habitants. Le revenu annuel médian par déclaration ne s’élève qu’à 14.959 euros à Saint-Josse-ten-Noode, alors qu’il atteint 25.394 euros à Woluwe-Saint-Pierre.
La proportion de seniors percevant la Grapa atteint 28% à Saint-Josse-ten-Noode, 20% à Saint-Gilles et 17% à la Ville de Bruxelles et à Molenbeek-Saint-Jean, tandis qu’elle se situe autour des 5% dans les communes d’Auderghem, Uccle, Woluwe-Saint-Lambert et Woluwe-Saint-Pierre. Sans surprise, les chercheurs remarquent que la grande majorité des personnes en situation de pauvreté ou de précarité sont domiciliées dans le « croissant pauvre » de la Région de Bruxelles-Capitale, laquelle correspond à la zone formant un croissant à l’ouest du centre-ville.

Mme la Ministre, je suppose que vous avez pris connaissance des conclusions alarmantes du quatorzième rapport annuel de l’Observatoire de la santé et du social sur l’état de la pauvreté en région bruxelloise.

  • Quels enseignements avez-vous tirés de ce Baromètre social 2018 ?
  • Le Collège réuni de la Cocom est-il parvenu à identifier les facteurs expliquant la paupérisation de la population bruxelloise ? Les résultats du Baromètre social 2018 vont-ils amener le Collège réuni à adopter de nouvelles mesures en vue de renforcer la lutte contre la pauvreté ?
  • Comment le Collège réuni appréhende-t-il la problématique des inégalités socio-spatiales au sein du territoire de la Région bruxelloise ? Le Collège réuni a-t-il pris ou envisage-t-il de prendre des initiatives spécifiques en vue de réduire les inégalités socio-spatiales existant entre les différents quartiers et les différentes communes ?

Au cours de cette législature, le Collège réuni de la Cocom a décidé de mener une politique volontariste en matière de lutte contre la pauvreté en prenant une série de mesures extrêmement importantes :

  • augmentation substantielle des moyens budgétaires alloués au Fonds spécial de l’aide sociale ;
  • renforcement des services de médiation de dettes privés ;
  • octroi d’un subside de 975.000 euros aux services de médiation de dettes gérés par les centres publics d’action sociale (CPAS)
  • élargissement de l’offre de places dans les structures d’hébergement d’urgence pour les personnes sans abri ;
  • ouverture de nouvelles maisons d’accueil, subsidiation des projets issus du Plan Housing First et de logement accompagné, réorganisation du secteur de l’aide aux sans-abri ;
  • élaboration d’un nouveau modèle bruxellois d’allocations familiales prévoyant à la fois un montant de base
    élevé et des suppléments sociaux substantiels pour les familles défavorisées, etc.

Pour parachever l’exécution de cet accord de gouvernement, il ne vous restait plus qu’à élaborer le Plan d’action bruxellois de lutte contre la pauvreté. Je vous avais interpellés à ce sujet le 18 juillet 2018 et vous nous aviez annoncé qu’après un long processus de réunions du groupe de travail intercabinets permanent et l’important travail effectué par l’observatoire, le plan d’action bruxellois de lutte contre la pauvreté 2014- 2019 allait pouvoir être soumis à l’approbation du Collège réuni.

Cet exercice de concertation a eu lieu. La Fédération des CPAS bruxellois a été consultée sur les cinq axes stratégiques prévus :

  • renforcer la lutte contre la pauvreté et la précarité au moyen d’actions ciblées ;
  • renforcer l’accès aux soins ;
  • gommer les inégalités sociales et prévenir l’exclusion sociale ;
  • viser une insertion socioprofessionnelle ;
  • coordonner l’action sociale et renforcer la participation des personnes en situation de pauvreté.

 

  • Le Collège réuni a-t-il transmis ce plan à l’ensemble des entités, c’est-à-dire au Gouvernement de la Région
    de Bruxelles-Capitale, au Collège de la Cocof et au Collège de la VGC, puisque la politique de lutte contre la
    pauvreté est par définition transversale ? Quand le Collège réuni transmettra-t-il ce programme d’action à l’Assemblée réunie de la Cocom ?
  • Pouvez-vous déjà nous fournir certaines précisions au sujet des nouvelles mesures figurant dans ce plan ?
  • Ces nouveaux dispositifs de lutte contre la pauvreté pourront-ils être mis en place avant la fin de cette législature ?

Découvrez : 

Le compte rendu des débats

Thématiques populaires
Culture Droits humains Droits linguistiques Economie Education Emploi Enseignement Enseignement supérieur Environnement Fédération Wallonie-Bruxelles Gouvernance Logement Mobilité Santé Élections 2019
AUTRES ACTUALITÉS
Carte blanche : « La réforme de la garantie de revenus aux personnes âgées : une lamentable régression »
Seniors Carte blanche : "La réforme de la garantie de revenus aux personnes âgées : une lamentable régression"
François De Smet : « Churchill est pour moi l’incarnation du courage en politique »
à la rencontre de nos élus (3) François De Smet : « Churchill est pour moi l'incarnation du courage en politique »
Pour Didier Gosuin, les scissions nées de la 6e réforme de l’Etat sont des absurdités
région bruxelloise Pour Didier Gosuin, les scissions nées de la 6e réforme de l'Etat sont des absurdités
Droits des LGBTQI
Droits des LGBTQI Les propositions phares de DéFI pour assurer la liberté de chacun et limiter toute forme de discrimination