Droits humains
L’Enquête nationale sur l’impact de la violence entre partenaires sur le travail, les travailleurs et les lieux de travails en Belgique
Le mercredi 16 janvier 2019

Vous connaissez la préoccupation particulière que je porte à la défense de l’égalité entre les hommes et les femmes. Une des pierres angulaires de cette lutte se trouve être la lutte contre les violences conjugales, subie majoritairement par les femmes, mais aussi, et cela ne peut plus être nié, par les hommes.

Ces violences, je ne vous apprends rien, peuvent prendre diverses formes : physiques, verbales, psychologiques, économiques.  Ces violences représentent un coût énorme pour la société. Au niveau de la santé, au niveau économique et social. Parlant du féminicide, le domicile est « l’endroit le plus dangereux » pour les femmes. C’est la conclusion d’une étude de l’ONU diffusée à l’occasion de la journée internationale pour l’élimination des violences contre les femmes.

L’environnement professionnel est un espace de liberté nécessaire pour que les femmes puissent garder leur indépendance financière, sortir de l’isolement : les lieux de travail ont un rôle très important : sensibilisation, compréhension du phénomène, bienveillance, écoute, orientation vers les services adéquats, mais aussi par la possibilité qui pourrait être offerte aux personnes de prendre facilement congé pour se rendre à la police, à l’hôpital ou dans un refuge en cas de crise, par exemple.” Or, la réalité est tout autre.

Les violences faites aux femmes et travail ne font pas bon ménage. En effet, les résultats d’une enquête, réalisée par DV@WorkNet et l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes viennent de paraître.  Entre le 2 mai et le 9 juin 2017, des chercheurs de la Western University et de l’IEFH, en collaboration avec les partenaires de l’IEFH, ont mené une enquête nationale en ligne sur l’impact de la violence entre partenaires sur le travail, les travailleurs et les lieux de travail.

Cette étude, ouverte aux hommes et aux femmes de 18 ans et plus, qu’ils aient directement vécu une expérience de violence entre partenaires ou non, révèle que ces violences ont des conséquences très importantes : efficacité du travailleur perturbée ‘la plupart du temps’ ou ‘tout le temps’, performance professionnelle amoindrie, absentéisme, généralement en raison d’un état de fatigue ou de mal-être physique et/ou émotionnel, ou d’une blessure physique,  rejet, discrimination après avoir parlé de la violence entre partenaires au travail, stigmatisation, perte d’emploi.

Il apparaît que les violences entre partenaires se poursuivent, d’une façon ou d’une autre, sur le lieu de travail, le plus souvent par des appels téléphoniques ou des messages relevant du harcèlement, ou lorsque l’auteur de violence entre partenaires se rend physiquement sur le lieu de travail.

Cette étude révèle que si plus de la moitié des victimes de violence entre partenaires se sont confiées à dans la grande majorité des cas, à des collègues, elles sont par contre moins nombreuses à se tourner vers les syndicats, les managers, les superviseurs ou les ressources humaines.

Encore plus interpellant, s’agissant des instances de soutien formelles, près de deux tiers de toutes les victimes n’ont pas reçu d’assistance, bien que la plupart des répondants soient conscients de l’existence de tels services d’aide. Les répondants sont près de deux tiers à considérer qu’un soutien sur le lieu de travail (par exemple un congé payé, des programmes d’éducation et de formation, des politiques de sécurité, etc.) pourrait réduire l’impact de la violence entre partenaires sur la vie professionnelle des travailleurs.

Par contre, et malheureusement, la majorité (88 %) des répondants ne pensent pas que les employeurs en soient conscients quand un de leurs travailleurs souffre de violence entre partenaires, et ils sont 22 % à estimer que les employeurs ne réagissent pas positivement quand ils en ont connaissance. Environ un tiers des répondants indiquent également qu’ils considèrent que les dirigeants syndicaux ne répondent que rarement, voire jamais, de manière positive pour venir en aide aux membres quand ils ont connaissance d’un cas de violence entre partenaires.

Enfin, cette enquête pointe le fait que la victime se tournera très rarement vers son/sa responsable en vue de lui exposer son problème par peur que celui-ci ne perçoive pas cette situation de la bonne manière, de crainte que cela soit considéré comme relevant de l’ordre du « personnel »  et non de son autorité ou de sa responsabilité.

Or, une discussion avec un responsable, au-delà de lever l’omerta sur ce tabou, peut permettre de trouver des solutions au cas par cas en fonction de chaque situation vécue ; aménagement de l’horaire, possibilité de prendre des congés, mesures de sécurité renforcées au boulot pour éviter l’intrusion d’un partenaire violent, accompagnement de la victime vers des organismes plus compétent, …etc.

D’autre part, il est avéré qu’une part non-négligeable de collègues, directement informés par la victime des violences conjugales, s’inquiètent fortement pour leur collègue, lorsque celui-ci se retrouve absent. Cette inquiétude peut également avoir un impact sur la qualité du travail fourni.

Au vu de ces résultats, il est indéniable que la problématique des violences conjugales impacte directement l’environnement de travail et handicape fortement la personne qui en est victime vis-à-vis de son emploi.  Le combat contre les violences conjugales peut également s’effectuer au sein même du milieu du travail.  Il en va du devoir de chaque maillon de la société d’agir en vue d’enrayer ce fléau.

Pour faire face à cette problématique, il me semble nécessaire de mettre en place des mesures efficaces et concrètes.

Par conséquent, Madame la Secrétaire d’Etat, je souhaiterais, tout d’abord, savoir ;

  • Avez-vous pris connaissance de cette étude ?
  • Si oui, quelles pistes dégagez-vous pour faire face à cette problématique ?
  • Pourriez-vous me dire ce qui est mis en place en terme de sensibilisation sur le lieu de travail a destination des travailleurs et managers/directeurs, syndicats ?
  • Quid de la politique effective (par ex. CCT ou politique interne de prévention ou axée sur le bien-être des travailleurs) ?
  • Qu’en est-il de la désignation d’un employé « référence » qui serait formé pour écouter et mieux diriger les personnes victimes de telles violences ?
  • Quelles sont les concertations avec les autres entités fédérées?
Thématiques populaires
Culture Droits humains Droits linguistiques Economie Education Emploi Enseignement Enseignement supérieur Environnement Fédération Wallonie-Bruxelles Gouvernance Logement Mobilité Santé Élections 2019
AUTRES ACTUALITÉS
L’intégralité de l’accord du gouvernement bruxellois
Région bruxelloise L'intégralité de l'accord du gouvernement bruxellois
Tous les résultats en Wallonie, à Bruxelles et dans sa périphérie
Résultats Tous les résultats en Wallonie, à Bruxelles et dans sa périphérie
Le lancement le 21 mars 2019 d’une monnaie locale dénommée la ‘Zinne’
Affaires générales Le lancement le 21 mars 2019 d'une monnaie locale dénommée la 'Zinne'
La procédure de classement du Plateau Avijl et le refus de la commune d’Uccle
Aménagement du territoire La procédure de classement du Plateau Avijl et le refus de la commune d'Uccle