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Auderghem
“Le repli sur soi et le populisme gagnent du terrain. Je pense que le vivre-ensemble va se détruire”
Le vendredi 2 juillet 2021

Cet été, BX1 lance une série d’interview “Sur le pont” ou comment les bourgmestres bruxellois ont-ils géré la crise sanitaire ? Ce jeudi 1er juillet, c’était au tour de notre bourgmestre d’Auderghem, Didier Gosuin, de s’essayer à l’exercice.

L’inconnu du premier confinement

En mars 2020, la Belgique se confine pour la première fois, Didier Gosuin se rappelle : « Comme on a une infrastructure culturelle, j’ai d’abord arrêté la saison des événements début mars. On a été les premiers à faire cela. J’ai eu plein de lettres de gens qui ne comprenaient pas. Avec la commune, on est allé au restaurant et j’ai dit au patron qu’il devait s’attendre à une fermeture. C’était dur, il s’est mis à pleurer. Si, en 2019, on avait écrit une telle histoire, on se serait dit “quel délire fictionnel”… et pourtant cette fois c’était la réalité. La grande difficulté était de travailler sans aucune direction. On a lancé des opérations de solidarité. On a mis en place des mesures odieuses comme mettre du scotch sur les bancs, ce qui empêchait les personnes âgées de se reposer. On a été assailli de contraintes à appliquer, qui étaient mal comprises. Et on a récolté des tomates pourries. Certaines décisions traduisaient un manque total de préparation. Le meilleur exemple, ce sont les masques. On a été laissé à l’abandon par les politiques et les experts. »

En plus des mesures sanitaires, l’administration a, elle aussi, dû revoir sa copie organisationnelle : « Il a fallu mettre en place le télétravail et on n’était pas prêt techniquement. Je crois que notre société a été plus résiliente que jamais mais cela a été possible parce que des gens sont restés en service. Le local a été le niveau qui a apaisé les mesures. On a initié des mouvements de solidarité, apporté des plats à domicile, fabriqué des masques… En juin, on se dit que c’est bon. On lâche la bride et, au retour des vacances, c’est rebelote. Soit on a fait une erreur d’analyse, soit c’était du cynisme car il fallait faire tourner la machine économique. Est-ce que sciemment on a fait un choix risqué ? Je ne sais pas » explique Didier Gosuin.

Mais, pour notre bourgmestre, c’est le manque d’information qui a été le plus compliqué à gérer : « Ce qui est difficile, c’est de prendre des décisions sans être à 100% certain de l’étendue du risque. On n’avait pas d’information. Je n’ai jamais reçu de données pour les personnes dont il faut vérifier la quarantaine ou le tracing. Certaines décisions me paraissaient totalement absurdes. Fermer les plaines de jeux par exemple. Ça, c’était mon mal-être. Dans cette crise, il y a un vecteur nuisible, ce sont les réseaux sociaux avec le complotisme, les incitations à la désobéissance civile. Camus dit “nous étouffons dans un monde parce que nous vivons à côté de gens qui croient qu’ils ont absolument raison sur tout”. Or, à son époque, il n’y avait pas la diffusion de ces inepties. Aujourd’hui, les réseaux sociaux n’aident pas à construire un dialogue constructif avec la population. Quand 12 personnes meurent au home Reine Fabiola, c’est terrible de devoir gérer les réseaux sociaux. On est totalement désarmé. On se demande dans quelle chienlit on est. Je ne crois pas à un sursaut collectif et je ne crois pas qu’on va assagir les réseaux sociaux. C’était pourtant une occasion unique de les responsabiliser. »

Une certaine déception

La coordination entre les différents niveaux de pouvoir n’a pas toujours été facile pendant la crise mais, entre bourgmestres bruxellois, était-ce plus aisé ? Pour Didier Gosuin, le problème majeur était d’« être toujours dans la réaction ». « J’ai fait éclater ma colère à un Cores (Conseil régional de sécurité). J’étais partisan d’anticiper le port du masque et, dans un premier temps, cela n’a pas été suivi. On me disait qu’on ne pouvait pas prendre une mesure qui n’était pas soutenue par la population. C’était un symbole. Si j’ai toujours eu la chance d’être bien perçu comme bourgmestre, nous subirons le contrecoup de la désagrégation sociétale. Même si on sera sûrement le dernier niveau à en pâtir. Je ressens beaucoup d’amertume. Avec le coronavirus, j’ai perdu le goût…. de la politique. Quand j’ai vu ces jeux d’électoralisme où certains se concentraient sur une partie de la population en créant des sentiments de rejet ou d’abandon, cela m’a déçu. On avait une opportunité de consolider les mouvements de solidarité, de faire l’exemple. Tout le monde a été d’accord pour dire que l’organisation des soins de santé était une imbécillité dans la sixième réforme de l’Etat. Tout le monde l’a dit et la Vivaldi veut encore aller plus loin. Qu’est-ce que l’on a appris ? Il faut reconstruire la solidarité interpersonnelle. A la sortie de la guerre, tout le monde est meurtri. On prend des mesures fortes avec le vote des femmes ou la création de la sécurité sociale. Ici, on n’a rien pris comme mesures fortes et je pense que cela n’arrivera pas. Macro économiquement, le repli sur soi, le populisme gagnent du terrain. J’ai plutôt une vision pessimiste mais je pense que le vivre-ensemble va se détruire. On a eu des discours pour la jeunesse que je comprends mais il n’y a pas qu’eux qu’on a privés d’un an et demi de vie. Des personnes âgées, c’était peut-être leur dernière. Tout le monde a eu dur. Il n’y a pas d’échelle mais on a posé le débat ainsi. On a vu les mouvements de foule, de contestations. In fine, je ne suis pas sûr qu’on sorte plus fort de cette crise. »

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