Logement
La politique du logement étudiant en Région bruxelloise
Le jeudi 25 octobre 2018

Je souhaiterais vous interpeller au sujet de la problématique du logement étudiant en Région bruxelloise, problématique qui, tel un marronnier journalistique, revient au cœur de l’actualité lors de chaque rentrée académique. Avec ces quelques 50 établissements d’enseignement supérieur, Bruxelles accueille plus de 90 000 étudiants, ce qui fait d’elle la ville étudiante la plus importante du pays et une des villes étudiantes les plus importantes d’Europe. D’après les estimations fourniers par certaines études, environ 40 % des jeunes qui fréquentent les universités et les hautes écoles bruxelloises habitent chez leurs parents et font chaque jour la navette entre le domicile familial et l’établissement d’enseignement supérieur dans lequel ils sont inscrits. Les 60 % restants (soit environ 55 000 étudiants) occupent, pour leur part, un logement étudiant. Depuis plusieurs années, les syndicats étudiants tentent d’attirer l’attention des responsables politiques sur le fait que les étudiants éprouvent de plus en plus de difficultés à trouver des logements de qualité à des prix abordables. Bien entendu, certains établissements d’enseignement supérieur comme l’Université libre de Bruxelles et l’Université Saint-Louis disposent de leurs propres parcs de logements qu’ils louent à leurs étudiants en pratiquant des loyers tout à fait raisonnables. Toutefois, le nombre de kots et de studios mis en location par les universités et les hautes écoles bruxelloises s’avère être largement insuffisant et des dizaines de milliers d’étudiants doivent, dès lors, se tourner vers le marché locatif privé classique sur lequel ils sont confrontés à des loyers particulièrement élevés.

Dans un article publié dans La Libre Belgique du 7 août 2018, nous avons pu prendre connaissance des résultats d’une étude qui avait pour but de comparer les loyers des kots du secteur privé dans cinq grandes villes estudiantines (Bruxelles, Liège, Namur, Mons et Louvain-La-Neuve) sur base de 20 000 annonces immobilières publiées par la plateforme Hello Kot. Sans surprise, la location d’une habitation étudiante en Région bruxelloise se révèle être nettement plus couteuse que la location d’un logement étudiant dans les villes universitaires wallonnes. Les résultats de l’étude indiquent qu’à Bruxelles, le loyer moyen d’un kot classique s’élève à 435 euros (charges comprises). A Liège, les prix des logements étudiants semblent bien plus abordables, dans la mesure où le loyer moyen y est estimé à 355 euros. Les prix observés à Liège sont comparables à ceux pratiqués à Namur où les étudiants qui occupent des kots classiques doivent débourser, en moyenne, 360 euros par mois. A Mons et à Louvain-La-Neuve, on retrouve des loyers assez similaires ; les étudiants qui vivent dans des kots classiques doivent dépenser, en moyenne, 374 euros à Mons et 375 euros à Louvain-La-Neuve. En résumé, les chiffres publiés par la plateforme Hello Kot révèlent que, pour pouvoir se loger, un jeune qui étudie en Région bruxelloise doit débourser chaque mois, en moyenne, 70 ou 80 euros de plus qu’un jeune qui suit son cursus dans une des quatre grandes villes estudiantines wallonnes. Le coût particulièrement élevé des locations dans la capitale s’explique principalement par la hausse sensible des prix de l’immobilier enregistrée en Région bruxelloise au cours des quinze dernières années, hausse qui concerne non seulement les maisons et les appartements, mais également les studios et les kots étudiants. Qui plus est, les spécialistes du marché locatif bruxellois soulignent que le segment spécifique des kots se caractérise actuellement par une certaine atonie de l’offre et par une forte croissance de la demande due à l’augmentation considérable du nombre d’étudiants, ce qui a pour effet de faire grimper les loyers.

Le groupe DéFI considère qu’il est primordial de permettre aux jeunes qui le souhaitent d’entreprendre des études supérieures dans l’université ou dans la haute école de leur choix, et ce quel que soit le milieu social dont ils proviennent et quels que soient les revenus de leurs parents. Selon nous, les pouvoirs publics doivent tout mettre en œuvre pour éviter que le coût du logement étudiant à Bruxelles ne devienne un véritable obstacle dissuadant certains jeunes issus de milieux défavorisés de suivre leurs études au sein des établissements d’enseignement supérieur situés dans notre région. Au cours de cette législature, le gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale a pris une série d’initiatives intéressantes en vue d’augmenter l’offre de logements étudiants à des prix abordables. En juillet 2015, le gouvernement régional a adopté un ambitieux Plan Logement Etudiant comprenant une dizaine de mesures concrètes. Ce plan prévoyait la création d’une Agence Immobilière Sociale Etudiante, le financement de projets d’habitat intergénérationnel, la mise en place d’un label « logement étudiant de qualité », une modification du règlement régional d’urbanisme, le développement de pôles de logements étudiants (notamment la cité internationale étudiante sur le site des anciennes casernes), l’élaboration d’un régime juridique spécifique pour le bail étudiant, le subventionnement des Associations d’Insertion Par le Logement (AIPL) venant en aide au public étudiant, la conception d’outils informatiques destinés à favoriser la recherche d’un logement, et la mise sur pied d’un comité de pilotage chargé d’assurer le suivi et l’évaluation des différentes mesures. Trois ans après l’adoption du Plan Logement Etudiant, je pense qu’il pourrait être utile de faire le point sur la mise en œuvre de ces dix mesures.

Madame la Ministre, je souhaiterais donc vous poser les questions suivantes :

  • Où en est la mise en œuvre du Plan Logement Etudiant ? Les dix mesures contenues dans ce plan ont-elles déjà toutes été exécutées ?
  • Le gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale a-t-il procédé à une évaluation du nouvel instrument que constitue l’Agence Immobilière Sociale Etudiante (AISE) ? Lorsque mon collègue Alain Maron vous a interrogée en octobre 2017 au sujet des difficultés de démarrage de l’AISE, vous aviez admis que cette agence avait connu quelques « ratés à l’allumage ». Plus d’un an après le début de ses activités, l’AISE ne comptait alors qu’une quinzaine de logements dans son portefeuille, et elle ne disposait toujours pas de son propre site internet, ce qui posait évidemment des problèmes en termes de visibilité. Vous aviez annoncé que, compte tenu de ces résultats insatisfaisants, le conseil d’administration de l’AISE avait décidé de procéder au licenciement de son directeur et de lancer une procédure de recrutement d’un nouveau dirigeant. Lors d’un débat en commission du logement en juin 2018, vous avez brièvement évoqué la situation de l’AISE en affirmant que le nouveau directeur était rapidement parvenu à obtenir de meilleurs résultats, et que l’agence avait (enfin) atteint son rythme de croisière. Pourriez-vous nous en dire plus à ce sujet ? Combien de logements l’AISE met-elle actuellement à disposition des étudiants ? L’agence a-t-elle élaboré une stratégie de communication digne de ce nom (choix d’un logo, création d’un site internet et d’adresses mails, etc.) afin d’améliorer sa visibilité ? L’AISE souffre-t-elle de la concurrence des autres AIS ?
  • Je voudrais aussi vous interroger au sujet des projets d’habitat intergénérationnel. Au cours de cette législature, le gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale a lancé deux appels à projets pour la production de logements intergénérationnels. Dans le cadre du premier appel à projets lancé en 2015, un budget de près de 1,3 million d’euros a été octroyé à des projets qui devraient permettre de produire environ 130 logements de type intergénérationnel, tandis que dans le cadre du second appel à projets lancé en 2017, un budget de 705 000 euros a été accordé à des projets qui devraient offrir un logement intergénérationnel à environ 220 ménages. De son côté, le Fonds du Logement a également lancé un appel à projets pour la production de 34 logements intergénérationnels. Au total, ce sont près de 400 logements de ce type qui pourront être créés grâce à ces divers appels à projets. Pourriez-vous nous fournir une estimation du nombre d’étudiants qui pourront obtenir un logement dans le cadre de ces projets d’habitat intergénérationnel ?
  • L’ordonnance sur la régionalisation du bail étant entrée en vigueur le premier janvier dernier, les étudiants et les bailleurs peuvent désormais opter pour la formule du bail étudiant, c’est-à-dire un contrat de bail spécifique dont les clauses sont adaptées au rythme particulier de la vie estudiantine et offrent une certaine souplesse au locataire. D’après les informations dont vous disposez, combien de baux étudiants ont-ils été conclus en Région bruxelloise depuis le premier janvier 2018 ? D’après les retours que vous avez du terrain, les bailleurs réservent-ils un accueil favorable au bail étudiant ou rechignent-ils, au contraire, à conclure ce type de contrat ?
  • Combien de bailleurs ont-ils introduit une demande auprès de l’administration régionale en vue d’obtenir le label « logement étudiant de qualité » créé par la nouvelle ordonnance sur le bail ? Combien de labels l’administration régionale a-t-elle délivré depuis l’entrée en vigueur de l’ordonnance ? L’administration régionale a-t-elle créé un site internet répertoriant l’ensemble des logements étudiants labélisés ? La Direction de l’Inspection Régionale du Logement (DIRL) a-t-elle déjà commencé à exercer des contrôles sur les logements étudiants labélisés ? Dans l’affirmative, combien de contrôles ont-ils été effectués ? En octobre 2017, vous nous aviez annoncé que le gouvernement bruxellois avait décidé de mettre sur pied une cellule d’enquête ad hoc au sein de la DIRL, cellule qui serait composée d’un architecte, de quatre nouveaux inspecteurs et d’un agent administratif. Vous aviez précisé que les agents de cette nouvelle cellule d’enquête étaient sur le point d’être recrutés. Pouvez-vous nous confirmer que ces nouveaux agents ont bien été engagés depuis lors ?
  • Qu’en est-il du développement des pôles de logements étudiants sur le territoire de la Région de Bruxelles-Capitale ? Quel est l’état d’avancement du projet de cité internationale étudiante sur le site des anciennes casernes ? Combien de kots seront-ils construits dans le cadre de ces différents projets ? D’autres projets sont-ils actuellement en cours de réalisation ? Quel budget le gouvernement bruxellois a-t-il dégagé en vue de soutenir le développement de pôles de logements étudiants ?
  • Le comité de pilotage chargé d’assurer le suivi et l’évaluation de la mise en œuvre des différentes mesures du Plan Logement Etudiant s’est-il réuni en 2018 ? Si oui, quelles ont été les conclusions de ses travaux ? Le comité de pilotage a-t-il rédigé un rapport ? Dans l’affirmative, pourrions-nous en prendre connaissance ?
Thématiques populaires
Culture Droits humains Droits linguistiques Economie Education Emploi Enseignement Enseignement supérieur Environnement Fédération Wallonie-Bruxelles Gouvernance Logement Mobilité Santé Social
AUTRES ACTUALITÉS
Les animaux ne sont plus des meubles : DéFI se réjouit du nouveau statut accordé aux animaux !
Les animaux ne sont plus des meubles DéFI se réjouit du nouveau statut accordé aux animaux !
Le parking à ciel ouvert, les décharges clandestines et la non-sécurisation des voies de train au Moensberg
Environnement Le parking à ciel ouvert, les décharges clandestines et la non-sécurisation des voies de train au Moensberg
La problématique des lapins abandonnés dans les parcs bruxellois
Bien-être animal La problématique des lapins abandonnés dans les parcs bruxellois
La collaboration entre les entités fédérées dans le cadre du Musée Kanal
Promotion image de Bruxelles La collaboration entre les entités fédérées dans le cadre du Musée Kanal