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Journée mondiale de lutte contre la pauvreté
"La pauvreté est la conséquence de la manière dont on organise une société"
Le jeudi 17 octobre 2019

En cette journée de lutte contre la pauvreté, ce jeudi 17 octobre, DéFI a rencontré le Réseau wallon de lutte contre la pauvreté qui organise de nombreuses activités aujourd’hui. L’occasion de débattre avec Christine Mahy, secrétaire générale du RWLP, des réalités de terrain, des causes de la pauvreté et des actions possibles.

La pauvreté est une construction de notre société

En Belgique, 16,4% de la population connaissaient un risque de pauvreté si on se base sur le revenu et 4,9% de la population souffraient de privation matérielle grave. Et pourtant pour Christine Mahy, la pauvreté n’a aucune raison d’exister : « La pauvreté est une construction. C’est une conséquence de la manière dont on organise une société. Une conséquence de la façon dont on organise la politique du logement, de l’emploi, de la mobilité, des revenus, de l’enseignement… mais aussi de l’organisation de la solidarité. En effet, la pauvreté est parfois la conséquence de politiques structurelles mais elle est parfois due à des accidents de la vie. Un accident de la route, une maladie, une séparation ou tout simplement une erreur dans notre parcours de vie, nous amène parfois vers le seuil de pauvreté. Une société qui se conçoit bien et qui est solidaire, elle doit « prévoir » les accidents de la vie qui sont inhérents à la condition humaine. »

Ne plus pouvoir épargner est un signe de pauvreté

En Wallonie, lorsqu’on agglutine les indicateurs de pauvreté, 25 à 26% des gens sont « en risque de pauvreté ». Derrière ce chiffre, il y a « une fourchette » qui va des gens les plus pauvres jusqu’au gens qui travaillent mais qui ont de faibles revenus à cause d’un temps partiel imposé ou d’un emploi non qualifié… Pour le RWLP, « un ménage qui ne peut plus épargner est un ménage qui est déjà dans la pauvreté. Tout simplement parce que si on ne sait pas mettre un peu d’argent de côté, on va avoir des difficultés avec les factures annuels et on ne saura pas gérer un problème qui surgit de façon inopinée. Imaginez simplement que vous portiez des lunettes et vous tombez. Les lunettes sont cassées. Que fait-on lorsqu’on a pas d’épargne ? On fait un trou dans son budget du mois. Trou qui se répercute sur le mois suivant. Alors, on se prive de quelque chose d’autre ? On morcelle une facture ? On postpose le paiement de quelque chose ? On utilise une carte de crédit ? C’est toujours compliqué de boucher ce trou budgétaire. Il faut surtout espérer qu’il ne se passera rien le mois suivant. L’air de rien, la fragilité des ménages où on travaille mais où les revenus sont faibles est très importante. »

Le loyer ne devrait pas dépasser 30% des revenus

Un pourcentage qui est le résultat de multiples facteurs selon Christine Mahy. « Tout d’abord, il y a un problème du niveau des revenus puisqu’ils sont très souvent au seuil de pauvreté ou en-dessous. Comme par exemple, certaines pensions, le revenu d’intégration social, certaines allocations de chômage… Les statuts de cohabitant fait parfois perdre une partie des revenus également, ce qui peut être compliqué lorsqu’on est déjà « tout juste » niveau budget. Ensuite, il y a un problème de salaire pour les travailleurs moins qualifiés. Même en travaillant à temps plein, ils touchent souvent un salaire également au seuil de pauvreté. Et puis, il y a les temps partiels forcés. Parce que l’employeur ne peut pas se permettre d’engager à temps plein ou parce que le travailleur ne peut pas se permettre de travailler à temps plein à cause de problème de santé par exemple. Pour finir, le prix du logement qui est assez élevé contribue à faire un trou dans le budget de certains ménages. On considère que le logement ne devrait pas dépasser 30% du budget mensuel d’une famille. Pour beaucoup, on est à 50 voir jusqu’à 70%. Imaginez 500 € de loyer pour un salaire de 1.200 € ! Et comme il n’y a pas assez de logements sociaux, il est compliqué de trouver des loyers en dessous de ce montant dans le privé. »

Cassons les stéréotypes

Ce que l’on pense souvent, c’est qu’une majorité des personnes dans une situation de pauvreté s’y trouve parce qu’elle dépense trop et ne sait pas gérer un budget. Pour Christine Mahy, ce n’est pas la majorité : « Certes, certaines personnes sont dans ce cas mais c’est loin d’être la majorité. Vivre dans la pauvreté est beaucoup plus exigeant que la vie « des autres ». Nous devons changer le regard de la société sur ces personnes. Elles vivent dans la même société d’ultra-consommation que nous. Une société qui fait penser qu’on peut tout avoir et eux, ils n’ont rien ou pas grand chose. On leur demande presque de perdre leur humanité et de ravaler leurs envies de se faire plaisir de temps en temps. Tout le monde devrait pouvoir encore avoir des événements heureux dans la vie. Des événements pour lesquels on peut dépenser un peu d’argent. Fêter un anniversaire, faire une sortie en famille, offrir des cadeaux de fin d’année… Croire que ce sont les gens qui sont dans une situation précaire qui surconsomme, c’est totalement faux. Habituellement, ces personnes sous-consomme au niveau de l’alimentation, de l’eau, de l’énergie… Ils consomment moins que ce qui est nécessaire à une vie digne. »

30 à 40% des enfants de Bruxelles et de Wallonie vivent au seuil de pauvreté ou en-dessous

Ce lundi 14 octobre avait lieu à Namur, un colloque sur la pauvreté infantile organisé par la Fondation Roi Baudouin. DéFI y était représenté par Patrick Pynnaert, conseiller provincial à Namur, et a proposé un « Plan Marshall » pour l’enfance précarisée.

Pour Christine Mahy, il est préférable de parler de pauvreté des ménages : « Nous préférons parler de pauvreté des ménages qui, de fait, a une conséquence sur les enfants. Ou alors de pauvreté des systèmes parce que si le service public se dégrade – alors qu’il est un soutien puissant aux familles – cela va appauvrir les ménages. »

DéFI s’engage dans la lutte contre la pauvreté

En Région bruxelloise, au cours de la dernière législature, le gouvernement bruxellois a pris plusieurs initiatives en matière de soutien à l’acquisitif social : les prêts hypothécaires à taux réduit accordés par le Fonds du Logement ou le subventionnement des projets portés par le Community Land Trust Brussels (projets permettant à des publics précaires de devenir propriétaires d’un logement sans pour autant devoir acheter le terrain). Pour cette législature, le Gouvernement bruxellois, dont fait partie DéFI, souhaite l’adoption d’un nouveau Plan de lutte bruxellois contre la pauvreté. Celui-ci définira les politiques de prévention de la pauvreté et du sans-abrisme. L’accès universel aux soins de santé est également une priorité. L’accord de gouvernement propose un accompagnement et un soutien financier à l’installation de la médecine générale et des pratiques de groupes multidisciplinaires, en ce compris l’installation de maisons médicales dans les zones les plus fragilisées de la Région. Toutes les mesures du gouvernement bruxellois 2019-2024 pour lutter contre la pauvreté sont à retrouver dans la déclaration de politique générale commune au Gouvernement de la Région bruxelloise et au Collège réuni de la Commission communautaire commune.

DéFI souhaite l’élargissement de ce plan de lutte contre la pauvreté au niveau national et fait de cette thématique une des priorités de ces mandataires tant au niveau fédéral, que de la Fédération Wallonie-Bruxelles, que localement en Wallonie et à Bruxelles.

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