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Woluwe-Saint-Lambert
“J’ai joué le rôle de lanceur d’alerte”
Le jeudi 29 juillet 2021

Pendant l’été, BX1 lance une série d’interviews “Sur le pont” ou comment les bourgmestres bruxellois ont-ils géré la crise sanitaire ? Olivier Maingain, bourgmestre de Woluwe-Saint-Lambert, a pris la parole à son tour ce jeudi 22 juillet pour nous partager son expérience.

Très critiqué pour avoir imposé une quarantaine

Janvier 2020, la Chine lutte contre le coronavirus. A cette époque, comme beaucoup, Olivier Maingain dispose encore d’informations lacunaires et pense que le phénomène va être circonscrit. 

Pourtant, dès la fin des vacances de carnaval, il est le premier à prendre des mesures de restriction et à imposer une quarantaine aux familles revenant d’Italie. “Je tente de savoir si nous avons des instructions qui viennent des autorités supérieures. Je m’attends à devoir ordonner la mise en quarantaine des enfants de personnes revenant de zones à risques. Je ne vois rien venir. Je suis moi-même en congé mais je gère à distance et je demande que mon service juridique me prépare une ordonnance de police pour imposer une quarantaine. C’est une mesure préventive en matière de santé publique. Directement, le secrétaire du Conseil des ministres m’appelle et me demande pourquoi j’ai pris cet arrêté. Je lui envoie l’arrêté de l’ordonnance de police qui n’a jamais été contesté sur le plan juridique. Le 2 mars, nous sommes convoqués à un premier Conseil régional de sécurité par le ministre-président bruxellois, Rudi Vervoort. J’expose mon ordonnance, la discussion est ouverte et je dis que si le ministre-président prend une ordonnance pour tout le territoire, je retire la mienne. Il ne le fait pas, je maintiens mon ordonnance.”

Le bourgmestre de Woluwe-Saint-Lambert sent que le risque sanitaire est réel et la publication de son ordonnance est un signal d’alerte, alors que Maggie de Block (NDLR la ministre de la Santé à l’époque) la juge inutile. Seul, faisant l’objet de railleries, Olivier Maingain assume pourtant ses responsabilités. “Les pouvoirs de police ne sont pas facultatifs. Les pouvoirs sont des devoirs. La suite des événements m’a donné raison. J’ai joué le rôle de lanceur d’alerte.

Tirer des enseignements sur la gestion de crise

Dès le premier confinement, le bourgmestre de Woluwe-Saint-Lambert met en place une cellule de gestion pour faire face à la crise. Malgré les difficultés de la situation, la commune s’organise. “Nous n’avons jamais été en rupture de stock de matériel de protection pour les fonctionnaires. Nous avons continué à travailler avec une permanence pour chaque service. Nous avons aussi distribué à la population deux masques par habitant. Ça a tourné parfaitement, sans difficulté majeure.“ 

En ce qui concerne les maisons de repos, réalisant qu’elles étaient très démunies pour l’accompagnement de leurs équipes, la commune tente de pallier le manque d’équipement en fournissant des visières. Hélas, ce n’était pas suffisant. “Nous n’avons pas eu un taux de décès élevé, mais il est clair que la capacité d’avoir du matériel et le délai de prise de mesures ont facilité la propagation du virus. Il faut tirer des enseignements sur la gestion de cette crise.

Quand on lui pose la question de savoir quel enseignement selon lui, Olivier Maingain répond “La force de la gestion de la commune dans une crise est que le bourgmestre assure la prise de décision et l’unité de commandement. Au fédéral, en période de crise, quelle est l’autorité qui peut prendre la décision ? Je trouve qu’il y a une réflexion à avoir. Je crois que le niveau communal est très opérationnel avec une capacité d’adaptation plus grande.” 

D’ailleurs, force est de constater que la coordination entre les bourgmestres et la Région s’est rapidement mise en place pour anticiper les mesures. Pour Olivier Maingain, sans les communes, gérer la crise aurait été impossible et il déplore que les ministres de la Santé ou de l’Intérieur, à part lors des Conseils régionaux de sécurité, n’aient pas pris la peine de réunir les bourgmestres pour recueillir leur expérience de terrain. 

Quant à l’accord de coopération pour le contrôle des quarantaines, Olivier Maingain a refusé de signer car selon lui, cela posait problème au regard du respect de la vie privée  : “Il y a une grande imprécision et une lacune juridique. Il faut revoir l’architecture légale. Quand un policier contrôle une quarantaine, il n’est plus dans l’espace public mais dans le privé. Je vais d’ailleurs soulever ce point lors d’un prochain Conseil régional de sécurité.”

Moins confiant en l’avenir

Pour la suite de la gestion de la crise sanitaire, Olivier Maingain se dit moins confiant que l’an dernier. “Je crains que la vaccination ne soit pas suffisante pour tenir jusqu’à la fin de l’année face à certains variants. On aura peut-être une troisième dose. Même pendant cette période de vacances, il faut être prudent. Je crains que cela ne soit la cause d’une reprise de l’épidémie.”

Pour rappel, le 1er et 19 juillet, c’était aux tours de Didier Gosuin, bourgmestre d’Auderghem, et de Cécile Jodogne, bourgmestre f.f. de Schaerbeek, de répondre aux questions de BX1.

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