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Région bruxelloise
"Des élèves bilingues plutôt que des écoles bilingues"
Le mercredi 7 octobre 2020

Voici quelques jours, le ministre bruxellois de la Promotion du multilinguisme a mis en place un Conseil pour le multilinguisme. Sur la table de travail, notamment, l’idée de créer des écoles bilingues à Bruxelles. Pour DéFI, l’idée est excellente et enthousiasmante. Mais elle comporte de nombreux obstacles qui la rendent irréaliste, expliquent les députés régionaux et communautaires Joëlle Maison et Christophe Magdalijns à La Libre Belgique ce mercredi 7 octobre.

Pour DéFI, on se trompe de combat en cherchant à travailler de manière symbolique sur les structures institutionnelles et d’enseignement plutôt que sur les solutions pragmatiques et pédagogiques. « Si l’idée de l’école bilingue est vertueuse pour un projet pilote, elle semble irréalisable à court terme. Gatz veut créer des écoles mais il faudra surtout transformer les écoles actuelles », dit Joëlle Maison. Et Christophe Magdalijns de synthétiser : « Nous privilégions l’idée d’avoir des élèves bilingues à court terme plutôt que des écoles bilingues à très long terme. »

Six objections…

Comme l’écrit Le Vif, « DéFI juge la formule institutionnellement compliquée à faire sortir de terre, élitiste et donc porteuse d’inégalités. »

Pour DéFI, il existe six raisons pour lesquelles la formule est complexe :

  • Parce qu’il n’y a pas de temps à perdre or une telle structure mettrait de très longues années à s’installer et sortir ses effets. Aussi, parce que la complexité institutionnelle du pays, de la Région, et, au sein de chaque Communauté, des structures de l’enseignement rend, comme dans de nombreux secteurs, les couches de lasagne institutionnelle absolument inextricables rendent quasiment impossible la mise en place de cette formule de façon structurelle. Par exemple, alors que les Communautés sont compétentes pour l’enseignement et que l’initiative de Sven Gatz est régionale, l’enseignement bilingue dépend… du fédéral.
  • Parce que, comme dans le cas de l’enseignement en immersion, mais de manière plus aiguë encore, on peut craindre que ce type d’enseignement soit réservé à une élite sociale, avec comme conséquence un renforcement des inégalités. C’est d’ailleurs la crainte d’experts.
  • Parce que ces inégalités sont déjà extrêmement importantes vu la structure démographique de Bruxelles en 2020 : sur le plan pédagogique, de nombreux élèves bruxellois arrivent aujourd’hui à l’école sans entendre un mot de français ou de néerlandais à l’école. L’apprentissage de deux langues d’un coup alors que la langue maternelle n’est encore maîtrisée pas plus qu’une langue de référence ne semble adapté à ce public majoritaire et déjà défavorisé à l’origine. 
  • Parce que l’enseignement souffre d’un grave problème de pénurie de personnel, tout spécialement dans l’enseignement des langues et encore plus spécialement pour ce qui concerne l’offre de locuteurs natifs. Une seule école normale bruxelloise propose aujourd’hui (et seulement pour les instituteurs maternels et primaires) une formation bilingue.
  • Parce que ce système peut sembler préfigurer une régionalisation de l’enseignement alors qu’il s’agit de la matière-clé de la solidarité entre francophones au sein de la FWB.
  • Parce que cela représente autant de menaces sur l’emploi des enseignants francophones, avec comme conséquence de favoriser l’engagement d’enseignants bilingues, flamands et payés par la Communauté flamande.

Et six propositions

Selon DéFI, le Pacte d’excellence mettra 15 ans à sortir ses effets or, écrit La Libre, « en utilisant plus efficacement les leviers pédagogiques existants, cela peut se faire en 6 années. » Six années et autant de propositions formulées par DéFI pour atteindre rapidement cet objectif incontournable du multilinguisme de nos enfants :

  • Faire de la maîtrise du français une priorité car c’est (déjà aujourd’hui) un outil de cohésion sociale. Renforcer la maîtrise de la langue maternelle, de la rhétorique, de l’esprit critique. 
  • Concrétiser les échanges de locuteurs natifs entre Communautés pour pallier la pénurie de professeurs de langues. 
  • Exposer les plus jeunes (dès la première maternelle) aux bains acoustiques via des programmes ludiques (livres audios, vidéos, outils pédagogiques attractifs), des activités culturelles, sportives et extrascolaires dans les autres langues.
  • Proposer une pédagogie plus attractive et répondant mieux aux besoins et défis des enfants et des jeunes, aussi pour les langues modernes.
  • Renforcer la mise en application du programme OLC (cours de langues étrangères donnés en partenariat avec les ambassades, ex. turc, arabe, polonais) et cartographier les langues présentes à Bruxelles.
  • Renforcer l’immersion et modifier le décret Immersion à Bruxelles afin de rendre l’immersion en anglais possible. L’immersion est un système qui fonctionne. Et avant de rêver de multilinguisme et de structures multilingues, il faut que les structures existantes fonctionnent. Outre la pénurie en professeurs de langues et en particulier en locuteurs natifs, il est interdit à Bruxelles de pratiquer l’immersion en anglais ! Alors que l’apprentissage en immersion anglais tout en respectant le volume horaire en néerlandais (rendu obligatoire par la loi fédérale) créerait, de fait, une école multilingue – mais organisée par la Fédération Wallonie-Bruxelles, sans rien changer aux structures.

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