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Carte blanche
Bruxelles, tes langues sont aussi ton patrimoine !
Le jeudi 26 août 2021

Les Journées du Patrimoine à Bruxelles ont été rebaptisées « Heritage Days ». Cette « anglomanie » est désormais profondément ancrée dans le paysage bruxellois, et il n’y a vraiment pas de quoi s’en réjouir, affirme Charles-Etienne Lagasse dans les colonnes sur Soir.

C’est la goutte qui fait déborder le vase de l’exaspération de maints Bruxellois. En décidant de rebaptiser les Journées du Patrimoine en Heritage Days, le ministre Pascal Smet poursuit un travail de sape de plusieurs années contre l’identité bruxelloise.

Le secteur privé, en particulier les secteurs du commerce et de la publicité, avaient été les premiers à tomber dans cette anglomanie ringarde qui fait appeler sales les soldes, team une équipe ou talks une conversation. Mais du secteur privé, on ne pouvait attendre une préoccupation un tant soit peu culturelle ou d’intérêt général.

En revanche, quand les pouvoirs publics s’y mettent, parfois en toute illégalité, ce n’est plus à des ressorts mercantiles qu’on a affaire, mais à un projet politique

Quand, en dépit de l’avis négatif du Conseil d’Etat, l’arrêté bruxellois sur les zones de stationnement maintient les appellations Drop & Ride, Wait & Ride et Sleep & Ride ; quand la Région bruxelloise, productrice à jet continu de plans style good moove, smart city, low emission zone, etc., choisit son nom de domaine en anglais, sans parler des Kiosk et Bootik de la Stib, ou du musée Kanal, il faut y voir autre chose qu’une prétention naïve de pseudo-modernisme.

Celle-ci, on peut sans doute l’attribuer au gouvernement wallon, tout fier de son Get up Wallonia, lequel label enfreint d’ailleurs une circulaire du gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, enjoignant à tous ses représentants de recourir au français pour leur communication. M. Jeholet a-t-il adressé une remontrance à M. Di Rupo ?

A-t-on réfléchi au fait que désormais, dans les deux Régions de la Fédération Wallonie-Bruxelles, on n’utilisera plus la même langue ?

Tant qu’on est à la FWB, dont relève la RTBF, service public en charge de la promotion de la langue française, pourquoi nous abrutit-elle avec ses call centers, ses replays et autres fact checkings ?

Du fédéral, on avait perdu tout espoir : le Covid Safe Ticket s’inscrit dans la ligne du Public Health Passenger Locator Form, de ses MyFin, MyRent, et autres My Pension. La liste est innombrable.

Des racines fauchées au profit d’un sabir mondialisé

À Bruxelles, il faut chercher ailleurs le moteur de cette persistance à vouloir ôter à la vie sociale le maximum de traces de la langue française, pourtant celle de l’écrasante majorité de la population, tout en agressant d’ailleurs, par dégât collatéral, la langue néerlandaise.

« Bru.x.ss.el.le.s » (sic) est devenue la capitale du globish et de la cancel culture.

S’appuyant perversement sur l’argument erroné, mais naïvement partagé par beaucoup de citoyens, des contraintes du bilinguisme ou du cosmopolitisme, ces quelques décideurs effacent systématiquement les appellations en langue française, mais aussi en néerlandais, au profit d’un sabir mondialisé, dont même mes amis anglais rigolent. Par un curieux retournement de l’histoire, les francophones en arrivent à s’appuyer sur les lois linguistiques, naguère vilipendées, pour défendre la diversité culturelle, valeur commune à tous les Bruxellois.

En effet, plainte après plainte, notamment suite au dynamisme de l’Office des consommateurs francophones (OCF), la Commission permanente du contrôle linguistique (CPCL) aligne un chapelet d’avis négatifs considérant que ces pratiques bruxelloises sont illégales. Mais ces avis, comme ceux du Conseil d’Etat, sont superbement ignorés. Il ne s’agit donc pas de distraction ou de volonté de « faire moderne ».

Quel(le) Bruxelles voulons-nous ?

Au-delà de l’argument légal, je dis aux écologistes que la diversité culturelle est un volet d’une approche écologique. Je dis aux gens de gauche qu’implanter systématiquement dans notre vie sociale les concepts de l’univers anglo-américain me paraît une curieuse façon de prendre ses distances par rapport à ses valeurs. Je dis aux féministes que le rejet du mot « patrimoine » au motif qu’il se référerait prétendument au patriarcat, est non seulement une erreur (va-t-on supprimer le mot matrimonial pour les mariages ?), mais c’est tomber à pieds joints dans le piège prétexte des auteurs de ces atteintes au visage de Bruxelles. Et pourquoi recourir à la langue anglaise qui a justement supprimé le genre féminin ?

La question de fond est la suivante : Quel modèle voulons-nous pour Bruxelles ? L’iris de la palette de nos différences ? Ou l’uniformisation globalisante d’un globish d’aéroports ?

Ma tribune veut porter la voix de tous ceux qui, sur les réseaux sociaux, ont réagi contre cette nouvelle agression. Et j’en connais qui ont fait imprimer des autocollants « Et en français ? » ou qui diffusent l’affichette numérique « Ici on parle français ».

Le temps de la résistance est arrivé.

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