Le discours d’Olivier Maingain – Congrès du 13 novembre 2015

Bruxelles, le 13 novembre 2015

 

 

Discours de Monsieur Olivier Maingain

 

 

Mesdames, Messieurs,

Chères amies, chers amis,

 

Le 13 septembre, lors de la rentrée politique, je vous invitais à faire preuve d’audace pour préparer l’avenir de notre parti.

 

Nous sommes à ce rendez-vous et nous allons évaluer ensemble la meilleure manière de faire progresser notre parti et de lui donner encore plus de force de persuasion.

 

La réflexion que nous menons sur le nom du parti, n’est pas neuve. Elle n’est pas le choix d’un homme, elle n’est pas la volonté d’un petit groupe de décideurs, elle est en débat depuis longtemps et nombreux sont nos membres et militants qui s’interrogent sur la signification à donner au nom du parti. Je remercie les très nombreux membres et sympathisants qui, ayant répondu au questionnaire de l’été dernier ou participé à nos assemblées, ont nourri cette réflexion par l’échange d’arguments de qualité.

 

Se remettre en cause, ce n’est pas se renier, c’est s’inscrire dans la fidélité à notre manière d’être en politique : la recherche de la sincérité des convictions et de la justesse du discours. Se remettre en cause, ce n’est pas l’abandon des idéaux qui ont toujours été les nôtres, mais c’est la volonté d’être encore plus performants pour mieux convaincre et susciter une plus large adhésion.

 

Comme mes prédécesseurs, je n’ai jamais eu d’autre préoccupation que de faire gagner notre parti. A chaque fois que des décisions essentielles ont dû être prises, avec vous tous, j’ai eu la préoccupation de préserver l’autonomie et la singularité de notre parti. Ma détermination a toujours été identique à la vôtre : ne jamais accepter que notre parti se soumette à d’autres forces politiques.

Aujourd’hui, notre attachement à la Francophonie n’est pas notre seul engagement. Certes, nous faisons preuve de lucidité quant à l’évolution institutionnelle de ce pays. Nous faisons preuve de clairvoyance quant aux dangers qui menacent les Wallons et les Bruxellois. Mais il ne suffit pas de convaincre les convaincus, il faut que la force de notre message aille bien au-delà du cercle de nos plus fidèles électeurs ou adhérents.

 

Nul ne peut nier que les évolutions de ce pays ont profondément changé la manière dont les francophones appréhendent leur avenir. Depuis la fondation du parti, que de changements imposés par les réformes institutionnelles successives, ont fragilisé les droits, les intérêts et les influences des francophones dans ce pays.

 

Nous ne sommes plus dans la période des années 60 et 70 où les marches flamandes sur Bruxelles, le « Walen buiten » de Louvain, la flamandisation massive des services publics et tant d’autres événements avaient suscité la prise de conscience collective des Wallons et des Bruxellois. Les Wallons et les Bruxellois subissent un rapport de force à leur désavantage qu’aucune réforme de l’Etat n’a substantiellement corrigé au point que les partis qui avaient vanté tant et plus la 6ème réforme de l’Etat en dénoncent aujourd’hui les effets pervers. Et ce n’est certainement pas le gouvernement De Wever/Michel, le gouvernement le plus anti-wallon et le plus anti-bruxellois de l’histoire de la Belgique, qui changera cette évolution de plus en plus inquiétante.

 

Alors oui, beaucoup de nos interlocuteurs nous disent « Nous partageons vos analyses, vous avez raison », et certains ajoutent aussitôt « Si je ne votais pas pour tel ou tel autre parti, à coup sûr ce serait pour vous ». Et pourquoi  ne font-ils pas le choix de nous placer en tête de leurs intentions? Parce qu’ils ont le sentiment, l’impression que nous ne devons être entendus que quand il y a des débats institutionnels, lorsqu’il y a une négociation communautaire qui s’annonce. Un chroniqueur attentif, à la plume brillante et acérée, d’un grand quotidien a dit « On a besoin de leur expertise institutionnelle, voilà pourquoi ils ne doivent pas prendre le risque de changer de nom ». Avec toute l’estime que je porte à ses analyses, je ne puis accepter que notre parti ne soit présent au-devant de la scène politique que par intermittence.

 

Car notre expertise, nos engagements ne se résument pas à la consultance avisée au plus fort des tensions entre communautés de ce pays.

 

L’année dernière, le parti a fêté ses 50 ans. Les historiens, politologues et analystes qui en ont livré le récit ont dit combien nous avions mené et nous menons des combats forts et novateurs qui ont changé radicalement les pesanteurs du vieux système belge.

 

Ce que je vous propose aujourd’hui, avec d’autres responsables du parti, c’est d’avoir la volonté de dépasser une période de notre histoire pour nous affirmer avec plus de force et avoir davantage d’influence.

 

Alors, je vous pose la question : pour mieux convaincre les hésitants, n’aurions-nous pas l’audace de faire tomber cette barrière psychologique, si souvent érigée par nos adversaires pour tenter de nous enfermer dans une seule dimension de notre action politique, pour tenter d’occulter la force de notre message en matière économique, sociale, environnementale, car nous les dérangeons aussi dans ces matières, parce que nous osons nous distancier de leurs idéologies dépassées ?

 

Voilà la véritable raison de la proposition de changer de nom : c’est pour être pleinement nous-mêmes, avec la force de tous nos engagements et la sincérité de tous nos messages.

 

Chères amies, chers amis,

 

Nous avons partagé ensemble trop de combats, nous avons connu ensemble des moments d’interrogation comme de grande satisfaction à la suite de victoires parfois acquises, parfois contre toute attente, pour que je ne vous parle pas avec franchise de ce que je crois être nécessaire à l’avenir du parti. Et je vous parlerai en vous livrant la motivation la plus personnelle de mon engagement politique. Oui, comme la plupart d’entre vous, mon engagement tient en une exigence : la révolte de l’esprit face à toute forme de domination qui conduit toujours aux pires injustices. Ces dominations qui privent toute femme ou tout homme d’assumer son parcours de vie en étant pleinement maître de son destin.

 

J’ai toujours fait mienne cette belle interpellation d’Albert Camus qui écrivait en novembre 1946 : « Ce qui me frappe le plus dans le monde, c’est d’abord et en général que la plupart des hommes sont privés d’avenir. Il n’y a pas de vie valable sans perspective sur l’avenir, sans promesses de mûrissement et de progrès. Vivre contre un mur, c’est la vie des chiens ». Cet appel d’Albert Camus à refuser toute soumission reste d’une vive actualité

 

Et il en est de même pour les sociétés et les peuples. Il n’est pas un peuple qui puisse accepter indéfiniment, sans se révolter, la soumission que lui impose une nation voisine ou un Etat où il est minorisé. Voilà pourquoi nous nous sommes dits francophones aux origines du parti. Et je n’ai jamais été un francophone par idolâtrie d’une langue ou d’une culture comme si elle était supérieure à une autre mais par le refus de subir l’humiliation que le nationalisme flamand cherche à nous imposer. Mais ce n’est pas la seule domination que nous avons à affronter.

 

 

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En ce début de 21ème siècle, des graves menaces pèsent sur les plus grands acquis de nos démocraties avancées et sur la haute conception que nous avons de la civilisation humaine. Comment ne pas constater qu’il y a une remise en cause profonde de la citoyenneté, c’est-à-dire la capacité qui est reconnue à chaque femme, à chaque homme d’assumer en totale liberté et en pleine responsabilité les choix essentiels de nos sociétés. Il y a une inquiétante montée en puissance -et concomitante- des forces obscurantistes, des pouvoirs de l’argent et des puissants lobbies aux services des intérêts particuliers pour mettre en péril la liberté de nos démocraties à décider de leur avenir. Cette conjonction de menaces fait naître les plus vives inquiétudes des citoyens, comme des peuples, au point que de manière paradoxale, ils sont tentés de croire aux réponses faussement rassurantes que leur proposent les courants de pensées les plus extrémistes, les plus populistes. C’est le patrimoine commun de notre citoyenneté qui est menacé. L’esprit critique, le libre arbitre de chaque citoyen sont abandonnés au profit de fausses certitudes et d’arguments d’autorité qui s’imposent d’autant plus que la crise économique s’est mutée en profonde crise de confiance.

 

Il faut donc que nos démocraties se ressourcent par une plus grande indépendance à l’égard des pouvoirs d’influence et créent des nouveaux lieux de dialogue car c’est la vivacité du débat qui tiendra en échec la domination de ces pouvoirs. Notre parti a toujours été indépendant des piliers et groupes de pression qui défendent à ce point leurs intérêts particuliers qu’ils ignorent l’intérêt général. Il a toujours dénoncé les radicalismes religieux qui nient les valeurs démocratiques et été éloigné des groupements d’affairistes qui ne recherchent que la satisfaction de leur profit au détriment du bien-être collectif. Oui, nous rassemblons des citoyens indépendants qui veulent rester maîtres des choix politiques essentiels en renforçant la démocratie participative et en obligeant les élus à refuser toute forme d’allégeance à quelque milieu d’influence.

 

Voilà pourquoi nous mettons le mot « Indépendant » dans le nom de notre parti car cela a toujours été notre manière d’être en politique : la volonté de donner aux citoyens le pouvoir de décider sans contrainte de leurs conditions de vie.

 

Nous mettons aussi le mot « Démocrate » dans notre nom. Ce n’est pas que le rappel de valeurs, c’est la conviction que la démocratie ne se fortifie qu’en ouvrant de nouveaux espaces d’expression libre, de créativité et de recherche de nouveaux consensus. La démocratie, c’est aussi une exigence éthique par l’exemplarité de l’exercice des fonctions que les élus exercent par la volonté du peuple. J’ose dès lors avancer, au nom de cette conception éthique de la démocratie, une proposition forte et significative : seuls les mandataires qui détiennent leur mandat par la volonté des électeurs et seuls les mandataires qui exercent des fonctions exécutives responsables devant une assemblée élue au suffrage universel doivent encore bénéficier d’un statut pécuniaire. Pour toute autre fonction ou tout autre mandat, – administrateur d’ASBL, d’intercommunale, de société publique et de tant d’autres institutions très souvent créées dans le seul but de se donner un confort pécuniaire, toute rémunération, tout avantage lié seront strictement interdits. Voilà comment redonner tout son sens à la volonté du peuple.

Nous mettons aussi le mot « Fédéraliste » dans le nom du parti car fédérer, c’est rassembler, c’est unir.

 

Le fédéralisme n’est pas qu’un mode d’organisation des pouvoirs. Le fédéralisme c’est aussi une conception de la société car c’est le refus de subir la loi du plus fort. Le fédéralisme, c’est la recherche de nouveaux équilibres pour une société plus harmonieuse.

 

Plutôt que de se réfugier dans la radicalité des extrêmes qui renforcent les affrontements et les antagonismes, les fédéralistes recherchent, après analyse rationnelle, l’accord des points de vue contraires, en dégageant une unité de vue et d’ambition. A l’opposé des confédéralistes ou nationalistes, dans le sens qu’ont ces mots en politique belge, les fédéralistes sont responsables car ils sont modérés.

 

Il faut oser le fédéralisme pour retrouver des modes d’une gestion plus saine et plus juste de nos sociétés.

 

Aujourd’hui, le débat politique a tendance à se résumer entre deux grands courants : d’un côté les partis de la gauche ringarde, qui défendent sans autre vision, les acquis de la protection sociale héritée de la période de la forte croissance économique de l’après-guerre et, de l’autre, les partis de la droite conservatrice qui croient qu’au nom d’une économie compétitive, il faut réduire l’étendue des protections sociales et refuser tout contrôle de l’autorité publique en matière environnementale, de protection des libertés fondamentales, de sauvegarde de l’intérêt général. Et les sociétés européennes s’enlisent dans cet affrontement stérile qui mine leur dynamisme et leur créativité. Les vieilles idéologies héritées du 19ème siècle dérivent vers des conservatismes asphyxiants.

 

La vérité est que nos sociétés seraient bien affaiblies si elles renonçaient à la protection que seule l’autorité de l’Etat peut assumer mais il nous faut inventer de nouvelles formes de protection. Il nous faut avoir l’audace de relever de nouveaux défis.

 

Nous avons souvent dit que c’est dans le libéralisme social que nous puissions les objectifs de notre projet économique et social et que nous recherchions les nouveaux équilibres entre liberté d’entreprendre et de création, nécessaire à la prospérité individuelle et collective, et sécurité face aux aléas de la vie, indispensable à la cohésion de la société. Cette doctrine nous inspire mais elle ne peut à elle seule exprimer la totalité de notre projet de société. Voilà pourquoi nous restons déterminés à exprimer la signification si novatrice du fédéralisme.

 

Il y a une forte attente des citoyens et des peuples pour que les décideurs politiques leur proposent d’autres voies pour atteindre la justice sans laquelle il n’y a pas de confiance dans la société. Et sans l’autorité de l’Etat, il n’y a aucune garantie que cette justice soit effective. La justice pour chacun commence par la qualité de l’enseignement et de la formation qui est la première étape de tout progrès individuel et à fortiori pour les jeunes qui n’ont pas d’autre chance de progrès personnel que l’excellence de leur qualification. La justice, c’est aussi permettre que l’accès au marché du travail se fasse sans discrimination et à la reconnaissance du mérite et de la qualité du travail. La justice c’est exiger que le travail soit correctement rémunéré pour permettre à chacun de vivre dignement, à fortiori lorsque l’immense majorité des travailleurs n’ont pas d’autres revenus que ceux tirés de leur force de travail. La justice, c’est reconnaître que la protection sociale est due lorsqu’on a participé à son financement mais qu’il n’est plus équitable que seuls les revenus de travail soient mis à contribution pour en assurer la pérennité. La justice, c’est admettre que la solidarité reste l’idéal le plus généreux pour permettre à celles et à ceux qui subissent vraiment les aléas de la vie, sans être des tricheurs, doivent avoir la chance de retrouver leur autonomie et leur fierté de femme ou d’homme. La justice, c’est exiger une juste répartition des richesses par une fiscalité équitable, pondérée car non confiscatoire mais portant sur l’ensemble des revenus. La justice, c’est exiger que le pouvoir judiciaire soit respecté car il est le garant de nos libertés et le seul en mesure de sanctionner les excès des autres pouvoirs institués ou des pouvoirs d’influence parfois occultes et si influents. La justice, c’est reconnaître qu’il ne peut pas y avoir de juste répartition des ressources naturelles sans revoir les modes de consommation et sans mettre fin aux atteintes irréversibles à l’environnement.

 

Pour relever tous ces défis, il faut une nouvelle audace. Le 13 décembre prochain, grâce au formidable travail accompli par le Centre d’étude Jacques Georgin, nous détaillerons les objectifs précis des Démocrates, Fédéralistes et Indépendants que nous sommes. Nous avons déjà porté bien des projets. Nous allons les amplifier et nous allons davantage communiquer.

 

Chères amies, chers amis,

Je n’ignore pas que le choix que vous allez assumer en toute autonomie est poignant. Croyez-vous un seul instant que je ne le vive pas de la même manière que vous. Nous sommes un parti où l’affectif tient une grande place car nous partageons un enthousiasme chaleureux qui nous a si souvent permis de relever avec succès bien des défis.

 

Alors, je vous le dis en confiance : Ayons la volonté d’être encore plus ambitieux.

 

Face aux nationalismes et régionalismes, fédérons les Wallons et Bruxellois.

L’unité, notre défi :

 

Face aux radicalismes et extrémismes, protégeons les démocrates,

La laïcité de l’Etat, notre défi,

 

Face aux pouvoirs qui menacent notre liberté de pensée, rassemblons les citoyens vigilants, L’indépendance, notre défi.

 

Face aux pesanteurs des réglementations tatillonnes, reconnaissons le dynamisme des entrepreneurs,

L’ambition, notre défi

 

Face à l’immobilisme et aux abus, mettons de l’ordre dans les institutions,

L’efficacité, notre défi

 

Face aux errements de la politique de l’enseignement, redonnons la priorité à la qualité des formations,

L’excellence, notre défi

 

Face aux égoïsmes destructeurs de l’environnement, osons les changements dans notre consommation,

La responsabilité, notre défi.

 

Face à l’exclusion sociale, garantissons à chacun un revenu suffisant,

La solidarité, notre défi.

 

Face à l’austérité du gouvernent De Wever/Michel, préservons les revenus des gens honnêtes,

La justice, notre défi.

 

Face aux idéologies dépassées, sans imagination et sans générosité,

Osons être nous-mêmes.

 

Osons être le DéFI

 

 

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